Traductions

lundi 27 mars 2017

Surpopulation humaine - La cause de tous nos maux - Suite 3

Surpopulation humaine - La cause de tous nos maux

Suite 3

3. Pyramidologie sociale


Méthodologie – 1


N’en déplaise aux esprits imbus d’une supériorité humaine qui ne saurait s’en accommoder, la première pyramide sociale a été et demeure la famille, en raison des relations naturelles d’interdépendance qui s’y créent, y règnent et y perdurent généralement, en dépit des attaques dont elle est l’objet. Ce modèle a ensuite été adopté par des groupes de plus en plus nombreux nés de la multiplication des individus, dans une situation où ne faisait que changer d’échelle la concurrence pour la conquête et la préservation de territoires et de ressources indispensables à leur survie et à leur développement. C’est ainsi que s’est imposée la pyramide sociale que nous connaissons de nos jours ; aux dimensions et intrications ayant crû et continuant de croître avec la population qui l’habite. Si dans un premier temps l’expérience, la taille, la force, le talent ainsi que des facultés intellectuelles à la mesure de problèmes élémentaires ont pu suffire pour gouverner une population limitée, la complexification des rapports, tant entre les individus qu’avec leur environnement, s’est accrue avec le nombre et l’altérité. D’où la nécessité de se répartir responsabilités et tâches. Se structure alors, et se renforce, ce réseau de dépendances et d’interdépendances caractérisant la vie en société. Mais les groupes se multipliant et s’éloignant à tous égards les uns des autres, les liens familiaux, claniques et tribaux se distendent, des relations sociales plus complexes se tissent avec l’aide du progrès dans tous les domaines. À ses origines l’homme vivait dans la même précarité, que les autres espèces peuplant la planète. Puis, alors que le partage de ce qui était nécessaire à sa subsistance s’effectuait selon des lois qui devaient tout à la nécessité et à l’instinct, se manifeste chez lui, infiniment plus que ce qu’il peut en être chez d’autres animaux, la notion d’échange. D’abord troc, pour évoluer en commerce avec l’invention des monnaies et du crédit, l’un et l’autre génèrent le profit et l’épargne, d’où la capitalisation et l’institution du pouvoir fiduciaire. Les notions de richesse et de pauvreté matérielles comparées émergent alors et se renforcent par la multiplication et l’accumulation de biens résultant de l’industrie de l’espèce humaine.

L’enrichissement de la société a été depuis considérablement favorisé par une productivité augmentant de manière exponentielle avec la multiplication de la main d’œuvre puis l’industrialisation, non sans conflits entre intérêts communs et individuels. Aussi peu enclins au partage que la plupart des autres espèces, les hommes sont nombreux à faire preuve d’une avidité sans limites et tous se livrent plus ou moins à la prédation de leur environnement et des ressources non renouvelables que leur offre la nature, jusqu’ici sans souci des conséquences pourtant prévisibles d’un tel comportement, ni des écarts de richesse qui en découlent entre eux. C’est d’ailleurs ce qu’ont tenté d’analyser et de comprendre de tous temps bien des penseurs, dont Condorcet1.

Une telle présentation aussi rapide et schématique ne contredit en rien l’existence d’autres formes de société. Autorité, pouvoirs, esprit de lucre, ont pu ou peuvent être plus diffus, moins marqués, souvent à l’état embryonnaire aussi bien que de vestiges, chez des humains primitifs ou chez de nombreuses autres espèces animales où règnent aussi des formes d’interdépendance, de dépendance et de domination, même quand leur pyramide sociale est aplatie à l’extrême et qu’y prévalent des modes de prédominance bien éloignés de ceux que connaissent les hommes, comme c’est le cas dans la ruche ou la fourmilière par exemple. Il est toutefois remarquable que toujours, la population s’organise et ses activités s’exercent en fonction et au service de la richesse. D’ailleurs, concernant les êtres humains, les premiers économistes n’ont-ils pas été jusqu’à les considérer comme la première richesse de la société qu’ils constituent ? N’est-il pas de richesse que d’homme pour Jean Bodin ? N’est-ce pas implicitement affirmer la relation directe existant entre population et richesse ayant présidé à leur croissance conjointe, accélérée au cours des deux derniers siècles par le progrès technique ? «… tout être humain est avant toute autre activité ou toute autre opinion, un consommateur » a écrit Gaston Bouthoul, ce qui implique bien enetendu qu’il soit aussi producteur.

Il est généralement admis que ce qui différencie l’homme des autres espèces animales est le degré de conscience qu’il a de lui-même, tant individuellement que collectivement – sans forcément se préoccuper de ce qu’est sa condition. Mais il est un autre critère de différenciation, de nature à la fois économique, écologique et sociale, qui nous intéresse particulièrement puisqu’il conduit à la notion d’enrichissement matériel, considéré à tort ou à raison comme manifestation supérieure du progrès social. Contrairement aux autres animaux, l’homme ajoute aux besoins vitaux que lui impose la nature ceux de sa propre invention et se fait le producteur des biens et services nécessaires à leur satisfaction, à partir du viatique de la planète. C’est ainsi que homo œconomicus opère, à des fins tant individuelles que collectives. Chacun est une unité de consommation dès sa naissance, puis de production, dès qu’il est en âge de travailler. Et ces fonctions, en permanence aiguillonnées par son besoin inné d’améliorer sa condition, se combinent avec le progrès en une spirale le portant à créer et produire toujours plus, avec toutes conséquences sur son environnement, tant en termes de consommation des ressources – renouvelables ou non – qu’offre la Terre et peut-être un jour d’autres planètes, que d’accumulation des déchets qui en résultent. « Toutes les choses que nous consommons sont en effet des créations du travail humain, et même celles que nous jugeons en général les plus “naturelles”, comme le blé, les pommes de terre ou les fruits. Le blé a été créé par une lente sélection de certaines graminées ; il est si peu “naturel” que si nous le livrons à la concurrence des vraies plantes naturelles il est immédiatement battu et chassé. Si l’humanité disparaissait de la surface du sol, le blé disparaîtrait moins d’un quart de siècle après elle ; et il en serait de même de toutes nos plantes “cultivées”, de nos arbres fruitiers et de nos bêtes de boucherie ; toutes ces créations de l’homme ne subsistent que parce que nous le défendons contre la nature ; elles valent pour l’homme ; mais elles ne valent que par l’homme. À plus forte raison les objets manufacturés, des textiles au papier et des montres aux postes de radio, sont des produits artificiels, créés par le seul travail de l’homme. Qu’en conclure sinon que l’homme est un être vivant étrange, dont les besoins sont en total désaccord avec la planète où il vit ? Pour le bien comprendre, il faut d’abord comparer l’homme aux animaux, et même aux plus évolués dans la hiérarchie biologique : un mammifère, cheval, chien ou chat, peut se satisfaire des seuls produits naturels : un chat qui a faim ne met rien au-dessus d’une souris, un chien, rien au-dessus d’un lièvre, un cheval, rien au-dessus de l’herbe. Et dès qu’ils sont rassasiés de nourriture, aucun d’eux ne cherchera à se procurer un vêtement, une montre, une pipe ou un poste de radio,. L’homme seul à des besoins non naturels. Et ces besoins sont immenses [et croissent inéluctablement avec le nombre] »2 C’est dans ces conditions que l’homme contribue à la création de courants d’échanges parcourant l’ensemble de la société et constitutifs de marchés enrichissant celle-ci, autant et plus qu’ils parviennent à la satisfaction des besoins – vitaux comme supplémentaires, voire superflus – de chaque être humain. Que ce soit sous forme de productions non consommées (stocks), de capitaux non immédiatement réinvestis, d’infrastructures, équipements et outils collectifs utiles à l’exercice de ses activités, de biens les plus divers constitutifs d’un patrimoine commun tant matériel qu’immatériel, l’homme est le créateur d’une richesse collective qui s’accumule et croît au fil du temps avec le nombre et l’industrie de ceux qui y contribuent, aidés par les sciences et les techniques.

Il sera à nouveau question plus loin de cette richesse globale, pour paramétrer la Pyramidologie sociale, mais il est d’ores et déjà intéressant d’évoquer la manière dont elle est perçue dans sa relation, au sein de la pyramide sociale, avec le nombre ainsi que la répartition de ceux qui l’habitent, selon leur niveau de richesse, ou de pauvreté.
Bien qu’universellement reconnue comme le parfait symbole de toute organisation hiérarchisée, la pyramide est souvent contestée lorsqu’elle veut représenter la société des êtres humains, et ceci d’autant plus que les inter relations qui y règnent sont liées à leurs activités et à l’économie. L’enrichissement globale de cette même société agit alors comme un révulsif, dès lors que son partage, épousant la représentation pyramidale, oppose un nombre réduit de riches à la multitude de ceux qui ne le sont pas (Fig.2). Est-ce en raison d’un réalisme qui heurte l’esprit, tant la différence de condition des uns et des autres y est mise en évidenc? Est-ce parce que le pragmatisme d’une telle figure ne laisse aucune place à l’utopie égalitaire ? Toujours est-il que ce sont paradoxalement ceux qui contestent le plus la pyramide sociale qui la scrutent lorsqu’ils sont préoccupés d’inégalités du même nom. Imputant celles-ci à la hiérarchisation de la société et plus spécialement à ceux qui en occupent le sommet, ne prennent-ils pas les effets pour la cause ? Guidés par une obsession compassionnelle, ils ignorent obstinément que les écarts de richesse existant entre les individus résultent de la conjugaison du caractère pyramidal de la société, de la richesse collective de ceux qui l’habitent et du nombre de ces derniers. Ce faisant, c’est l’aspect le plus fondamental et incontournable de la condition humaine que refusent sommairement de reconnaître ces rêveurs de toutes tendances. Or, si toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire, par crainte d’accroître l’angoisse existentielle du plus grand nombre, en existe-t-il une qu’il faudrait moins cacher à ceux qui cherchent à comprendre ce qu’ils sont, quel est leur rôle dans une société qui en distribue d’innombrables selon une hérédité qui n’est pas seulement d’ordre biologique, et surtout, quelle sont leurs possibilités et la liberté d’en changer ?





N’est-il pas aussi légitime de la part de l’être humain de vouloir connaître sa propre condition, qu’est indispensable cette connaissance à qui prétend l’améliorer ou cherche à s’en accommoder au mieux ? Et qu’est-il de plus coupable que de s’en désintéresser, ou de s’y refuser, au prétexte que cette vérité heurte l’idée que l’homme se fait de lui-même ?

1— CondorcetEsquisse d’un tableau historique de l’esprit humain, première époque
2— Jean FourastiéPourquoi nous travaillons – PUF

(À suivre)