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lundi 27 juin 2016

L'Europe ! l'Europe ! l'Europe ! ...

Ces paroles, que le général De Gaulle associait à l'insouciance d'un cabri, lors d'un entretien télévisé  le 14 décembre 1965, renvoient à la vision qu'il avait de la construction européenne*, vision empreinte de défiance à l'égard de la "perfide Albion", en raison de sa connivence avec les USA –dont il avait fait l'expérience humiliante au temps de la France Libre – et de son opposition séculaire à toute forme d'union continentale européenne. S'il faut bien admettre aujourd'hui que l'entrée et surtout le maintien de l'Angleterre au sein de la communauté ont été des erreurs, déjà chèrement payée par ses partenaires, sa sortie pourrait être un soulagement, en même temps qu'un avertissement de plus à l'égard de la bureaucratie bruxelloise. Effet d'une technocratie encouragée par la pensée dominante ayant envahi les instances de l'UE ou conséquence des excès et maladresses de son ingérence ?
Si le Général a pressenti les conséquences de l'euphorie dans laquelle a été abordée la construction européenne et les désastres pouvant en résulter, dont la démission de l'Angleterre n'est que le pire avatar à ce jour, car c'est bien d'une démission qu'il s'agit, probablement n'allait-il pas jusqu'à concevoir le gaspillage politique le plus stupide et le plus coûteux qu'ait jamais commis un pays, en jetant aux orties des décennies d'efforts et de négociations, ayant au demeurant coûté aux autres davantage qu'à lui-même ?

Quoiqu'il en soit, il n'en demeure pas moins que la pugnacité anglaise ,– que le monde entier lui a toujours reconnu comme la première de ses vertus –, est prise en défaut. Nul ne peut croire que cette nation jette l'éponge face à la technocratie. Elle en vu d'autres ! Ce serait aux yeux du monde entier la fin de cette ténacité qui lui fit bâtir son empire, non seulement colonial mais linguistique et en cela culturel dans tous les domaines ; et depuis les Normands, résister victorieusement aux plus grandes puissances militaires, dans leur intention de l'envahir et de la soumettre. Churchill, emblématique représentant de cette ténacité doit commenter outre-tombe l'événement avec De Gaulle et tous deux y trouver une certaine amertume, eux qui comme personne et chacun dans sa sphère, ont su triompher de la pire adversité.

Il reste en tout cas, qu'à commencer par les plus occidentaux d'entre eux, les autres membres de la communauté européenne sont et seront de plus en plus confrontés aux mêmes problèmes que connaît en tout ou partie le Royaume-Uni. Le chômage sévit ou menace partout, de même que la pauvreté puis la misère qui en sont les prolongements. Il faut à ce propos espérer que ces maux ne seront pas aggravés par la chute spectaculaire de la livre. Des frontières qui n'existent plus, non seulement du fait de Schengen mais par la grâce d'un progrès irréversible qui met à la disposition de tout un chacun des moyens de communiquer et de se rassembler sans limites de nombre, n'importe où en un minimum de temps, ne serait-ce que virtuellement, comme cela se produit en de multiples circonstances ; la menace terroriste croissant et diversifiant ses formes ; des flux de migrants sans précédent, chassés de leurs pays pour diverses raisons dont la première est le surnombre, dérangeant dans leurs habitudes des peuples mal préparés à les accueillir et contribuant à déstabiliser l'opinion ; un discrédit croissant du monde politique, que ses représentants ont le plus grand mal à enrayer et qui contribue au succès des populismes, qu'ils soient de droite comme de gauche ; le tout sur fond de démographie mondiale galopante.

En Europe comme ailleurs les questions de population sont frappées du même tabou, au point qu'elles n'aient pas seulement été évoquées à la COP 21 et qu'il est à craindre qu'il en soit de même à Marrakech en novembre prochain. Pourtant, la démographie n'est pas seulement l'un des multiples problèmes qui sont posé à l'humanité, donc à l'Europe ; ni même leur problème majeur – ce qui laisserait supposer qu'il peut être traité comme et parmi les autres – ; il est, en Europe comme partout dans le monde, le problème central, à l'origine de tous les autres, sans la solution duquel aucun ne pourra être résolu, qu'il soit de nature politique, économique ou sociale.

Il ne faut pas omettre qu'aux époques où Churchill et De Gaulle faisaient preuve de capacités colossales pour extraire leur pays de situations catastrophiques, la population mondiale était : en 1940 de 2.3 milliards d'individus, en 1965 de 3.3 milliards soit moins de la moitié de ce qu'elle est de nos jours et qu'elle sera supérieure à 10 milliards au début du prochain siècle. Si par euphémisme ceux qui n'y trouvent rien à redire, considérant que les désordres et violences, de toutes sortes que connaissent la planète et l'humanité sont dus à une mauvaise organisation, une question simple doit leur être posée : qu'est-ce qui peut prendre en défaut une organisation, qu'elle soit bonne ou mauvaise, sinon le nombre augmentant sans cesse de ceux qu'il s'agit d'organiser, et la complexification – non la banale complexité – croissante qui en résulte? D'ailleurs, le triomphe de la technocratie n'est-elle pas le simple résultat du dépassement de nos capacités organisatrices ?

Quand une vague de 280 000 être humains supplémentaires déferle quotidiennement sur terre et que le bureau International du travail déclare qu'il se crée dans le monde entier, environ 50 millions d'emplois par an, que chacun fasse le compte et se demande où sont le problème et sa solution, alors que tous les indicateurs sont au rouge pour ce qui concerne les ressources de la planète. Et une transition démographie à l'échelle mondiale – pour autant qu'elle se produise un jour – interviendra désormais trop tard pour que ses effets modifient de manière déterminante le cours des choses.

Les derniers repères disparaissent, la démocratie est  chaque jour un peu plus l'ombre d'elle-même. Que dire de ces perdants aux référendums : sur le Brexit réclamant une nouvelle consultation, ou au sujet de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, déclarant le jour de leur défaite que "la lutte se poursuit", probablement sans rien changer à leur manière de contester. Le parlementarisme est entraîné partout dans la spirale infernale d'une bureaucratie qui le discrédite en tout, comme la politique de manière plus générale ; le travail est victime, non seulement des attaques dont il est l'objet de toutes parts, que ce soit par des idéologies qui en contestent la valeur et la nécessité, par Internet et les NBIC ** ou, au nom de l'assistanat, par des mesures inappropriées en faveur de ceux qui sont privés d'emplois : contrats illusoires, aides et allocations de toutes sortes ; artefacts inventés par l'impuissance.

Si le Brexit, n'est pas seulement le triste spectacle du repliement sur elle-même d'une nation ayant brillé par son ouverture à toutes les idées et par sa tradition d'accueil, est-il annonciateur de la victoire de Trump aux Etats-Unis ou le Brexit sera-t-il l'antidote du Trumpisme, en cela qu'il pourrait alerter l'électeur américain quant au risque d'un vote dicté par la peur de l'autre ? Les adeptes de la théorie du complot pourraient même y voir une manœuvre fomentée par l'oncle Sam pour s'éviter une épreuve comparable, à une autre échelle cette fois.

Ceci dit et pour en rester au divorce entre l'Angleterre et l'Europe, le dernier mot n'est pas dit, à en croire un gouvernement Britannique qui semble vouloir s'en remettre à son successeur pour concrétiser les résultats du référendum, ainsi qu'aux nombreux partisans sur le continent, qui souhaitent qu'il en soit comme si de rien n'était.


* Voir à ce sujet le site de la fondation Charles De Gaulle à l'adresse suivante :

** La révolution transhumaniste par Luc Ferry - Plon - Avril 2016