Traductions

vendredi 9 décembre 2016

De l’hérédité sociale



Certains reprochent aux riches d’être gros et gras par l’amaigrissement des pauvres, quand d’autres leur reprochent d’être sveltes quand ce qui distingue les pauvres est leur obésité. Disons plus simplement qu’ils leur reprochent d’être riches, même quand ils n’y sont pour rien ; pas plus en tout cas que ceux qui, étant pauvres, le tiennent avant tout de leurs parents, lesquels ont eu le malheur d’être pauvres avant eux.

C’est en tout cas omettre que pauvreté et richesse existent l’une par l’autre dans une société, représentée par une pyramide sociale peuplée de riches et de pauvres, qui s’y répartissent depuis les plus démunis à sa base jusqu’AU plus riche à son sommet.

Nous savons que si la population de la pyramide sociale est répartie en 3 catégories : riches, classes moyennes et pauvres, face à une échelle de richesse dont le niveau zéro coïncide avec celui de la base de cette pyramide, la population de chacune de ces catégories sociales est respectivement de : 70 % pour les pauvres 24,3 % pour les représentants des classes moyennes 3,7 % pour les riches. Ce qui signifie que sur 100 êtres humains qui naissent (et il s’en ajoute quotidiennement 280 000 à la population mondiale, soit plus de 100 millions chaque année), 70 s’ajoutent aux pauvres, environ 24 aux représentants des classes moyennes et un peu moins de 4 aux riches.

Il naît près de 20 pauvres pour un riche, sachant qu’un pauvre ne peut enfanter que des pauvres, comme un riche enfante des riches (quelle que soit l’évolution de la condition de chacun au cours de son existence). Et les inégalités croissent imperturbablement avec l’enrichissement global de la société depuis qu’elle existe. Ces chiffres sont inéluctables, en dépit de leurs variations circonstancielles, et indiquent clairement que le problème des inégalités sociales et de la pauvreté est avant tout, et incontournablement, d’ordre démographique.

Et pourtant , les plus pauvres ont du mal à le concevoir et sont les plus obstinés à refuser de l’admettre. Or quelle attitude plus insensée de leur part (encouragée par ceux qui compatissent sommairement à leur situation, en y trouvant souvent leur propre compte, ne serait-ce que moralement ou idéologiquement), que celle qui consiste à se plaindre de leur condition, en s’y offrant toujours plus nombreux ! Existe-t-il une meilleure manière de servir les intérêts de ceux par qui ils se plaignent d’être exploités que de se mettre en rangs toujours plus serrés à leur disposition ? À plus forte raison quand la lutte des classes, censée contraindre les riches à cesser cette exploitation, s’est avérée impuissance à changer le cours des choses dans une mesure significative, à en juger par la permanence des revendications des plus défavorisés, depuis que l'homme existe, et l’augmentation incessante de leur nombre.

Ne suffirait-il pas que l’ensemble de la population – donc majoritairement les pauvres – soit moins nombreuse, pour que se réduise la pauvreté, sachant comme dit plus haut, qu’elle est, comme la richesse, relative ?

Dans la structure immuablement pyramidale de notre société, la pauvreté et sa croissance incessante sont d’ordre d’abord démographique, et il est illusoire de compter y remédier par le partage, quels que soient le nombre, la variété, et l’efficacité, des modes de redistribution, contraints comme volontaires que s'efforcent d'inventer philanthropes et autres utopistes.

Le sort des pauvres dépend d’abord d’eux-mêmes. Des pauvres moins nombreux se multiplieraient moins – y compris à égalité de fécondité avec les riches – et pourraient être d’autant moins nécessiteux qu’ils auraient ainsi moins de raisons de chercher à assurer leurs vieux jours par leur descendance ; explication suprême, au demeurant crédible, de l’augmentation de la pauvreté dans le monde. Sans compter les bénéfices, pour tous, d’un retour à une population humaine compatible avec les ressources (mieux partagées) de la planète qui l’abrite.

Notre hérédité n'est pas seulement d'ordre biologique. Si la science permet dorénavant des manipulations pouvant corriger notre héritage génétique ou pour le moins le modifier, il n'en demeure pas moins, probablement pour longtemps encore, que chacun hérite à sa naissance de la condition sociale de ses parents, sans que qui que ce soit n'y puisse rien changer. C'est ainsi que des parents pauvres ne peuvent donner naissance qu'à des pauvres, quelle que soit l'évolution de leur condition par la suite ; et il en est de même pour les riches. Et ce n'est pas le déclassement d'une infime minorité de la population qui puisse altérer la relativité d'un ordre des choses qui doit tout à un mécanisme aussi inconditionnel que naturel. Le dosage incontournable de la population en catégories sociales s'applique au contraire à ces déclassements pour les compenser inéluctablement, selon le principe des vases communicants.

Ignorant une redistribution par l'impôt pouvant atteindre des taux aux allures de véritable spoliation, tout autant que les fondamentaux de la condition humaine, des utopistes sociaux laissant les scientifiques s'occuper de notre génotype, aimeraient rebattre les cartes en abolissant l' héritage matériel, mesure emblématique entre toutes de la lutte des classes, mais c'est sans compter avec la plus puissante des facultés humaines : l'imagination, ni avec cette aspiration qui est, immédiatement après la survie, d'améliorer son sort et celui de sa descendance.

C'est en outre et surtout ignorer une réalité qui régit à tous égards la condition humaine: Si notre promotion sociale résulte d'un progrès qui bénéficie à tous les membres de la société, elle touche chacun selon son positionnement dans l'échelle sociale, tel qu'il en a hérité à sa naissance. Le jeu des circonstances, des talents et des efforts fait le reste pour ce qui est de sa promotion individuelle. Là encore, le nombre et la répartition de la population jouent leur rôle : d'une part l'augmentation du nombre de pauvres peut donner l'impression d'une amélioration de leur condition, précisément du fait que les bénéfices du progrès s'étendent à tous (élévation générale du niveau de vie) et pourtant l'ascenseur social collectif est un leurre. Hormis ce qui peut résulter de notre solidarité, voire de notre charité, à l'égard des nécessiteux, chacun ne peut compter que sur ses propres capacités et efforts pour tenter d'améliorer sa condition, à défaut de pouvoir s'en extraire 

jeudi 24 novembre 2016

Démographie à la COP 22

La COP 22 est terminée, finie la fête adieu le saint comme dit l’adage. La question démographique est une fois de plus passée à la trappe, en dépit de nombreux appels à y consacrer davantage d’attention que lors des précédentes éditions.

À peine le sujet a-t-il été effleuré dans des conditions et des termes toujours aussi étriqués et partisans, le réduisant à une dimension faussement sociale.
La mention qui en a été faite peut se résumer à une courte vidéo publiée sous le titre : « ENVIRONNEMENT – La 22e conférence climatique de l’ONU s’est ouverte lundi à Marrakech avec pour objectif de concrétiser les engagements pris par la communauté internationale à Paris en 2015 afin de lutter contre le réchauffement planétaire. Au menu : l’association Ennakhil, la solution du jour, la démographie africaine et la hausse de la population mondiale expliquée avec humour par le youtubeur Hugo du Tatou ».
Et c’est probablement avec cet humour annoncé qu’il a été rappelé que la population du continent africains devait doubler dans les prochaines décennies pour dépasser les 4 milliards d’habitants, et pour surtout souligner que cette population ne serait que faiblement polluante, comparativement à ce qu’il en est pour les méchants des autres continents.
Piètre soulagement, car c’est expéditivement omettre que si le continent africain est appelé à être à la fois le plus peuplé et le moins producteur de GES de la planète, ce ne peut être que temporaire, dans la mesure ou l’ambition légitime des Africains sera de bénéficier le plus rapidement possible du même niveau de vie que les autres terriens. C’est aussi ne tenir aucun compte des GES générés ailleurs qu’en Afrique, par les activités dédiées à celle-ci. Ainsi des productions des autres continents ayant pour objet de répondre à une part aussi large que possible des besoins du continent africain, que celui-ci ne sera pas en mesure de produire lui-même, en attendant qu’il soit doté des industries capables d’y remédier… en polluant comme les autres.

Il faut par ailleurs être conscients que la production des GES n’est pas le seul critère d’appréciation – loin s’en faut – des effets de la surpopulation. Il est bien d’autres manières de polluer et d’y concourir, en même temps que de contribuer à l’épuisement des ressources de la planète. Et l’Afrique ne sera pas le seul continent à voir sa population augmenter même si cela a lieu avec moins d’exubérance – avec toutes conséquences sur l’ensemble des maux que connaît le monde entier.


Il faut une fois de plus rappeler que le seul remède sérieux, viable et durable à ces maux, est une « écologie dénataliste" ; Question de population dont personne n’a sérieusement parlé à la COP 22 davantage qu’à ses précédentes éditions.

samedi 12 novembre 2016

Pyramide sociale et biodiversité

Illustrant de manière schématique la segmentation de la société, pour analyser ce qu'il en résulte en terme de démographie et de partage de ses richesse, la pyramide sociale présente une lacune. Elle semble en effet ignorer la relation, pourtant fondamentale, qui est celle que l'humanité entretient avec le reste de l'écosphère.

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Or, même si cette question est abordée à plusieurs reprises sur ce blog, il ne peut en être comme si rien d'autre n'existait que l'humanité. Cette omission étant significative d'une tendance à oublier que toute vie et en particulier celle de notre société dépend et est indissociable de son environnement au sens large, il n'est donc pas inutile de le rappeler. L'auteur s'excuse d'avoir à le faire, d'autant plus qu'il regrette que des experts, spécialement en démographie, économie et sociologie se montrent trop souvent incapables de franchir les limites de leur science.

D'autres ont souligné que l'homme relève d'une bio-diversité qui le dépasse, mais en insistant peut-être pas toujours assez sur le point auquel, en tant que premier prédateur, il conditionne l'avenir de l'ensemble de son biotope. Il n'est donc pas inutile de le rappeler ici, par un schéma ajoutant à la société des hommes, le complément sans lequel elle ne saurait exister.


La base de la pyramide sociale, niveau zéro des richesses dont la conquête et l'accumulation caractérisent l'humanité, sépare celle-ci de ce qui n'en relève pas moins de la vie sur Terre. Aussi, plutôt que de s'arrêter à cette limite en évoquant ce qui se trouve au-dessous par la simple mention "Inexistence sociale", le socle de toute existence se voit attribuer la place qui lui revient naturellement (sans tenir compte de son état de dégradation). Le dessin met alors en évidence la précarité de la pyramide sociale, à la manière du sommet d'un iceberg dont l'érosion ronge la base qui le maintient en équilibre.

Les hommes se comporteraient-il vraiment comme des veaux ?

L’impavidité dont Le Général de Gaulle taxait les Français, semble se manifester bien au-delà de l’hexagone, à en juger par l’inertie de l’opinion mondiale – élite et représentants de tous les pouvoirs en tête –, face à des faits qui conditionnent directement l’avenir de l’espèce humaine. Et cette apathie est implicitement encouragée par des media manifestement plus friands de faits divers que de sujets à propos desquels ils pourraient se sentir investis d’une mission didactique. Sur le Web comme en bien d’autres espaces d’information et de débat, ces questions sont loin de passionner les foules, exceptée celle des sempiternels négationnistes. Qu’il s’agisse du réchauffement climatique, de contrôle démographique, de croissance économique, ou de tout autre sujet, ils nient par principe la compétence des experts, que leurs avis soient ou non confirmés par les événements. Que lesdits experts ne soient pas d’accord entre eux ne peut justifier une attitude consistant à les rejeter en bloc ou à contester systématiquement la valeur de leurs travaux ; ils ne sont pas infaillibles et leur fonction est avant tout de donner à penser, y compris à ceux qui ne partagent pas leurs points de vue, sans s’arrêter à des critiques qui ne font que donner la mesure de l’impuissance de ceux qui les critiquent Ceci dit, il est permis de se demander si le plus affligeant est l’état de la planète et de la société, ou l’infantilisme de l’immense majorité des individus, à propos de questions les concernant pourtant au premier chef ; comme leurs enfants, lorsqu’ils se préoccupent de leur sort.

Ainsi de la passivité de l’opinion face :
– aux atteintes à la biodiversité. En 42 ans, de 1970 à 2012, le nombre d’animaux vertébrés sauvages marins et terrestres a chuté de 58 %. La chute devrait atteindre 67 % d’ici 2020 et se poursuivre au rythme de 2 % par an, jusqu’à extinction … exception faite de celles qui naîtront pendant le même temps mais dont aucun d’entre nous a la moindre chance de connaître la maturité, dans ce qui sera un autre monde,
– au développement incessant du “7e continent”, accompagné de l’immersion d’un volume augmentant sans cesse des déchets de matières plastiques dont il est constitué, pour aller tapisser des fonds marins dont ils empoisonnent la faune et asphyxient la flore,
– au passage de la population du continent africain de 2 à plus de 4 milliards d’individus au début du prochain siècle, et à sa répercussion sur le reste de l’humanité,
– à une COP 22 dont l’impuissance politicienne s’est emparée, comme pour faire diversion, donnant à la quête de nouvelles sources d’énergies la priorité des priorités, oubliant que l’importance d’une population humaine croissant sans cesse en est le consommateur insatiable ; ceci en dépit des avertissements lui étant adressés (dont ici-même la “Lettre ouverte aux participants à la COP 22”),
– à la déferlante des 100 millions d’êtres humains venant chaque année augmenter la population humaine de la planète,

pour ne citer que ces exemples qui nous concernent tous, dans la mesure où ils indiquent que c’est la fin de notre civilisation et peut-être même de l’espèce humaine – ou pour le moins sa suprématie – qui sont en jeu.

Indifférence diront les uns, égoïsme diront les autres, question de priorité diront d’autres encore, tant il est vrai que l’attention de chacun est d’abord requise par son quotidien et les scandales qui lui sont jetées en pâture ici et là. Assez rares en tout cas semblent être ceux dont la faculté ou le souci les conduisent à prendre le recul suffisant pour en voir le tableau d’ensemble ainsi que les causes profonde.

Mais pour faire court, ne s’agit-il pas tout simplement de la manifestation du triomphe de la vie sur la mort, à l’occasion du véritable suicide auquel est en train de s’abandonner l’humanité ? De la vie dans toute son exubérance ; telle que pour l’espèce qui a voulu si vaniteusement se soustraire au modérateur qu’est la sélection naturelle, elle meurt par prolifération ; à la manière dont tue un cancer. De la vie triomphant envers et contre tout, puisque nous avons d’ores et déjà un pied dans un transhumanisme qui pourrait bien se révéler davantage de substitution que de progrès, tant il est à craindre qu’il reste inachevé, faute des technologies que l’homme et la nature seront chaque jour moins en mesure de lui fournir. L’homme démiurge pourra-t-il se consoler de son naufrage en pensant être presque parvenu à se donner un remplaçant, dépouillé de la spiritualité et de sentiments qui ont toujours été, à la fois ce qu’il aura eu de plus admirable et ses points les plus faibles.

C’est ainsi en tout cas que certains prennent des allures de moines moyenâgeux, juchés sur leur borne pour annoncer la fin du monde à la veille de l’an 1 000, ou de ces prophètes reprenant le même discours obscurantiste à l’annonce du second millénaire. Sauf que cette fois-ci ce sont des faits observables et quantifiables qui sont là, et non plus la superstition ou n’importe quelle utopie.

Quoi qu’il en soit, il en résulte toujours la même impavidité de la part de ceux à qui s’adressent les prêches.

mercredi 14 septembre 2016

Le Pape, Condorcet et la surpopulation

« Certains croient, excusez-moi du terme, que, pour être bons catholiques, ils doivent être comme des lapins » Le Parisien.fr, 19 janvier 2015
« Certains croient que – pardonnez-moi l’expression – pour être de bons catholiques, on doit être comme des lapins » Le Figaro.fr, 20 janvier 2015
Tel est le message que le Pape François, rompant avec un dogme sacralisé par toutes les religions, délivrait au monde il n’y a pas si longtemps, au retour d’un voyage durant lequel il avait été directement confronté aux profondeurs de la misère régnant dans un bidonville de Manille, bidonville comme il en existe de plus en plus nombreux et de plus en plus démesurés sur terre. Il exprimait de la sorte, en termes exceptionnels, ce que ressentent tous ceux qui perçoivent la coïncidence entre l’accroissement des maux dont est frappée l’humanité et sa démographie galopante ; il a ainsi contribué à ouvrir les yeux de tous sur des perspectives en la matière, que nul n’ose imaginer, à part quelques esprits clairvoyants dont les avertissements ne sont entendus que pour être aussitôt submergés par les sophismes que dictent la peur et l’hypocrisie.


« … s’ils ont [les hommes] des obligations à l’égard des êtres qui ne sont pas encore ; elles ne consistent pas à leur donner l’existence, mais le bonheur ; elles ont pour objet le bien-être général de l’espèce humaine ou de la société dans laquelle ils vivent, de la famille à laquelle ils sont attachés, et non la puérile idée de charger la terre d’êtres inutiles et malheureux…, sans qu’il en résultât cette destruction prématurée, si contraire à la nature et à la prospérité sociale d’une partie des êtres qui ont reçu la vie. » Ainsi s’exprimait Condorcet, il y a un peu plus de deux siècles (cf. Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain. GF Flammarion – Janvier 1988 – Page 283), au moment où son contemporain Malthus intervenait – à sa manière et après bien d’autres – sur la question de la surpopulation.


Même si l’audience et l'autorité d’un Pape n’ont pas épargné à ses propos d’être rapidement étouffés par ceux qui dans son entourage refusent l’évidence, n’est-il pas significatif que deux grands courants de pensée aussi antagonistes que peuvent l’être celui émanant des lumières de la Révolution française et cet autre né des Évangiles au nom duquel s’exprime un souverain pontife, se rejoignent sur l’essentiel ?


Le monde est profondément malade d’une surpopulation qui frappe la planète d’indigestion, telle est la vérité, aussi crue qu’elle puisse être. C’est un problème que nul ne peut désormais refuser de considérer comme réel et sérieux ; nécessitant en conséquence des solutions appropriées et urgentes ?

vendredi 9 septembre 2016

Démographie mondiale : la question du siècle ?


Bravo à TV Liberté pour avoir invité un universitaire qui, osant aborder la géographie des populations et sa dynamique, contribuera à rompre le tabou portant sur notre surpopulation et ses conséquences écologiques et sociétales. Puissent, des statistiques démographiques sans humanisme, y acquérir un sens allant au-delà de l’annonce et surtout de l’attente d’une transition démographique d’ampleur mondiale, dont les effets seront désormais insignifiants parce que beaucoup trop tardifs.

Merci à Gilles Ardinat pour ses propos accessibles à tous, et bienvenue au club de ceux qu’inquiète le sort d’une espèce que sa prolifération promet à la submersion par le nombre et aux désastres qui en découleront.


mardi 6 septembre 2016

Condorcet et la surpopulation

« Ainsi, non seulement le même espace de terrain pourra nourrir plus d’individus, mais chacun d’eux, moins péniblement occupé, le sera d’une manière plus productive, et pourra mieux satisfaire à ses besoins.
Mais dans ces progrès de l’industrie et du bien-être, dont il résulte une proportion plus avantageuse entre les facultés de l’homme et ces besoins, chaque génération, soit par le progrès, soit par la conservation des produits d’une industrie antérieure, est appelée à des jouissances plus étendues et, dès lors, par une suite de la constitution physique de l’espèce humaine, à un accroissement dans le nombre des individus ; alors, ne doit-il pas arriver un terme où ces lois, également nécessaires, viendraient à se contrarier ? Où l’augmentation du nombre des hommes surpassant celle de leurs moyens, il en résulterait nécessairement, sinon une diminution continue de bien-être et de population, une marche vraiment rétrograde, du moins une sorte d’oscillation entre le bien et le mal ? Cette oscillation, dans les sociétés arrivées à ce terme, ne serait-elle pas une cause toujours subsistante de misères en quelque sorte périodiques ? Ne marquerait-elle pas la limite où toute amélioration deviendrait impossible, et, à la perfectibilité de l’espèce humaine, le terme qu’elle atteindrait dans l’immensité des siècles, sans pouvoir jamais le passer ?
Il n’est personne qui ne voie sans doute combien ce temps est éloigné de nous ; mais devons-nous y parvenir un jour ? Il est également impossible de prononcer pour ou contre la réalité future d’un événement qui ne se réaliserait qu’à une époque où l’espèce humaine aurait nécessairement acquis les lumières dont nous pouvons à peine nous faire une idée. Et qui, en effet, oserait deviner ce que l’art de convertir les éléments en substances propres à notre usage doit devenir un jour ?
Mais en supposant que ce terme dut arriver, il n’en résulterait rien d’effrayant, ni pour le bonheur de l’espèce humaine, ni pour sa perfectibilité indéfinie ; si on suppose qu’avant ce temps les progrès de la raison aient marché de pair avec ceux des sciences et des arts, que les ridicules préjugés de la superstition aient cessé de répandre sur la morale une austérité qui la corrompt et la dégrade, au lieu de l’épurer et de l’élever, les hommes sauront alors que, s’ils ont des obligations à l’égard des êtres qui ne sont pas encore ; elles ne consistent pas à leur donner l’existence, mais le bonheur ; elles ont pour objet le bien-être général de l’espèce humaine ou de la société dans laquelle ils vivent, de la famille à laquelle ils sont attachés, et non la puérile idée de charger la terre d’êtres inutiles et malheureux. Il pourrait donc y avoir une limite à la masse possible des subsistances, et par conséquent à la plus grande population possible, sans qu’il en résultât cette destruction prématurée, si contraire à la nature et à la prospérité sociale d’une partie des êtres qui ont reçu la vie. »
Condorcet – in Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain. GF Flammarion – Janvier 1988 – Page 283


Condorcet n’a-t-il pas ainsi posé les limites de l’utopie des lumières ? N’aborde-t-il pas en termes plus généraux ; plus intellectualisés et idéalistes ; moins pragmatiquement que son contemporain Malthus, le problème de la surpopulation ? Bien que lorsqu’il parle de la «  puérile idée de charger la terre d’êtres inutiles et malheureux » son vérisme n’ait rien à envier à celui de quiconque.

Pour prétendre à la sagesse qu’elles revendiquent, les religions ne devraient-elles pas s’inspirer de Condorcet, pour se maintenir dans un rapport réaliste avec les capacités de leurs ouailles à comprendre et à vivre temporellement leurs messages ? Et n’en est-il pas de même des politiques, quand ils se laissent dominer par leurs idéaux au point d’en faire des chimères ? Et les sciences humaines n’ont-elles pas pour premier devoir d’entendre un tel avertissement, alors qu’elles sont responsables du tabou dont est frappé tout ce qui touche aux questions de surpopulation ? Faut-il leur rappeler – à commencer par des disciplines comme la démographie ou la sociologie – que “science sans conscience n’est que ruine de l’âme” ?

La croyance de Condorcet, et de tous ceux qui comme lui prêtent à l’homme des qualités, dont les faits jalonnant son histoire et l’état de la planète attestent qu’elles lui manquent foncièrement, n’est que la manifestation d’une inconscience et d’une vanité dont la vie sur terre et tout ce qui la peuple paye le prix.
Pas davantage de droits sans devoirs que de buts sans intelligence, discernement et raison ; le premier objectif de l’homme consistant, non pas à se multiplier mais à atteindre le bonheur (dixit Condorcet), sachant que la forme n’en est pas exclusivement matérielle. C’est à ce titre que le respect de l’environnement est le premier des devoirs de l’homme s’il veut, en n’outrepassant pas ses droits, survivre en tant qu’espèce, et que perdure le degré de civilisation qu’il a été capable d’atteindre.



L’humanité a des devoirs et ne peut impunément les ignorer. Il serait à cet égard intéressant de considérer les outrances dont sont l’objet les valeurs de Liberté, Égalité et Fraternité, que les lumières ont élevées au rang de dogmes – se substituant à d’autres dans la ferveur, ou l’effervescence, révolutionnaire d’une époque –, et ce qu’elles sont objectivement. Mais c’est là une autre affaire, qui pourra faire l’objet d’un prochain article.

lundi 5 septembre 2016

Surpopulation humaine - La cause de tous nos maux

Vient de paraître





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lundi 15 août 2016

Lettre ouverte aux participants à la COP 22

Afin que la question démographique ne soit pas la grande exclue des débats, comme elle l'a été lors des éditions précédentes.


Le réchauffement planétaire, les problèmes énergétiques présents et à venir, le pillage des ressources de la planète, la pollution, les atteintes à l’environnement, la faim dans le monde, les conflits, guerres et violences de toutes sortes, les flux migratoires qui en résultent qu’ils soient de nature ethnique, politique, climatique, économique, etc. avec leur cortège de misères, sont autant d’aspects d’une problématique globale ayant pour cause la multiplication du super prédateur qu’est l’homme.


Nous somme là bien loin de la vision à laquelle Malthus – dont le seul tort est d’avoir eu trop partiellement et trop tôt raison – reconnaissait lui-même le défaut d’être limitée au risque alimentaire. Sa doctrine doit dorénavant céder la place à « l’écologie dénataliste », sans laquelle toutes les tentatives de restauration de notre environnement terrestre sont condamnées à l’échec. À quoi sert en effet le remplacement des énergies fossiles par d’autres – a fortiori renouvelables, ce qui ne peut qu’encourager production et consommation au détriment des velléités les plus sincères de frugalité –, si la prolifération de la population humaine génère des besoins, déchets et désordres croissant avec elle ?

Nous sommes bien loin également de la vision dispersée d’une écologie moderne incapable de synthèse tant elle est prisonnière de politiques qui se la disputent démagogiquement.

1 milliard d’êtres humains en 1900, 7 milliards en 2000, 9 à 10 milliards en 2050 et plus de 11 milliards à l’orée du prochain siècle, suivant une augmentation quotidienne, atteignant à ce jour plus de 280 000 individus. Et 70 % de la population inéluctablement condamnée à une pauvreté qui, pour être relative, n’en demeure pas moins la pauvreté, depuis la pire jusqu’à la moins insupportable ; situation entretenue, voire aggravée par une course à l’emploi faisant que lorsque 100 sont créés dans le monde, 200 demandeurs y prétendent, sans compter les effets du progrès technologique. Avec ou sans pétrole, robots, revenu minimum universel, réchauffement climatique, ... ; ce seront les plus défavorisés qui continueront toujours les premiers et les plus nombreux – Il naît moyennement près de 20 pauvres pour 1 riche – à souffrir de cette évolution, en laissant à d’autres les moindres chances d’aller se réfugier sur Mars pour y échapper.


C’est seulement par la dénatalité qu’il pourra être mis fin, dans des conditions éthiquement acceptables, à cette course au pire, au déséquilibre flagrant et grandissant entre d’une part, une population humaine d’ores et déjà pléthorique, et d’autre part les limites de son habitat, ce qui reste des autres espèces le partageant avec elle, des ressources nécessairement comptées, et une capacité à se gouverner déjà submergée par le nombre et sa cacophonie. C’est la seule chance restant à l’homme d’éviter de se perdre dans ses contradictions, dont l’une des plus flagrantes est bien la course par les uns à de nouvelles sources d’énergie s’opposant objectivement à la décroissance prônée par d’autres – sans compter l’indigence généralisée à laquelle ne peut que conduire cette dernière.

Une seule doctrine, mère et maîtresse de toutes les autres visions du futur des hommes doit présider à celui-ci : la dénatalité. Clé de voûte d’un avenir meilleur offert à une descendance moins nombreuse, pouvant de ce fait continuer à bénéficier d’au moins une part du progrès dont profite encore – pour combien de temps ? – la société. C’est la condition fondamentale d’un développement raisonnable, à défaut de pouvoir être durable et encore moins éternel. Aussi importe-t-il que la démographie ne soit pas la grande oubliée de la COP 22, comme elle l’a été des éditions précédents.

Les représentants de tous les pouvoirs, à qui il arrive d’oublier que l’homme n’est pas seulement chair à production – et à consommation –, ç canons, à boulot, à impôts, à retraites ou à conquêtes spirituelles ou idéologiques, doivent être conscients qu’ils seront jugés – peut-être même de leur vivant, à l’allure où vont les choses. Ils seront comptables devant pauvres et riches, d’un même désastre qui ne sera finalement rien d’autre que démographique.

lundi 27 juin 2016

L'Europe ! l'Europe ! l'Europe ! ...

Ces paroles, que le général De Gaulle associait à l'insouciance d'un cabri, lors d'un entretien télévisé  le 14 décembre 1965, renvoient à la vision qu'il avait de la construction européenne*, vision empreinte de défiance à l'égard de la "perfide Albion", en raison de sa connivence avec les USA –dont il avait fait l'expérience humiliante au temps de la France Libre – et de son opposition séculaire à toute forme d'union continentale européenne. S'il faut bien admettre aujourd'hui que l'entrée et surtout le maintien de l'Angleterre au sein de la communauté ont été des erreurs, déjà chèrement payée par ses partenaires, sa sortie pourrait être un soulagement, en même temps qu'un avertissement de plus à l'égard de la bureaucratie bruxelloise. Effet d'une technocratie encouragée par la pensée dominante ayant envahi les instances de l'UE ou conséquence des excès et maladresses de son ingérence ?
Si le Général a pressenti les conséquences de l'euphorie dans laquelle a été abordée la construction européenne et les désastres pouvant en résulter, dont la démission de l'Angleterre n'est que le pire avatar à ce jour, car c'est bien d'une démission qu'il s'agit, probablement n'allait-il pas jusqu'à concevoir le gaspillage politique le plus stupide et le plus coûteux qu'ait jamais commis un pays, en jetant aux orties des décennies d'efforts et de négociations, ayant au demeurant coûté aux autres davantage qu'à lui-même ?

Quoiqu'il en soit, il n'en demeure pas moins que la pugnacité anglaise ,– que le monde entier lui a toujours reconnu comme la première de ses vertus –, est prise en défaut. Nul ne peut croire que cette nation jette l'éponge face à la technocratie. Elle en vu d'autres ! Ce serait aux yeux du monde entier la fin de cette ténacité qui lui fit bâtir son empire, non seulement colonial mais linguistique et en cela culturel dans tous les domaines ; et depuis les Normands, résister victorieusement aux plus grandes puissances militaires, dans leur intention de l'envahir et de la soumettre. Churchill, emblématique représentant de cette ténacité doit commenter outre-tombe l'événement avec De Gaulle et tous deux y trouver une certaine amertume, eux qui comme personne et chacun dans sa sphère, ont su triompher de la pire adversité.

Il reste en tout cas, qu'à commencer par les plus occidentaux d'entre eux, les autres membres de la communauté européenne sont et seront de plus en plus confrontés aux mêmes problèmes que connaît en tout ou partie le Royaume-Uni. Le chômage sévit ou menace partout, de même que la pauvreté puis la misère qui en sont les prolongements. Il faut à ce propos espérer que ces maux ne seront pas aggravés par la chute spectaculaire de la livre. Des frontières qui n'existent plus, non seulement du fait de Schengen mais par la grâce d'un progrès irréversible qui met à la disposition de tout un chacun des moyens de communiquer et de se rassembler sans limites de nombre, n'importe où en un minimum de temps, ne serait-ce que virtuellement, comme cela se produit en de multiples circonstances ; la menace terroriste croissant et diversifiant ses formes ; des flux de migrants sans précédent, chassés de leurs pays pour diverses raisons dont la première est le surnombre, dérangeant dans leurs habitudes des peuples mal préparés à les accueillir et contribuant à déstabiliser l'opinion ; un discrédit croissant du monde politique, que ses représentants ont le plus grand mal à enrayer et qui contribue au succès des populismes, qu'ils soient de droite comme de gauche ; le tout sur fond de démographie mondiale galopante.

En Europe comme ailleurs les questions de population sont frappées du même tabou, au point qu'elles n'aient pas seulement été évoquées à la COP 21 et qu'il est à craindre qu'il en soit de même à Marrakech en novembre prochain. Pourtant, la démographie n'est pas seulement l'un des multiples problèmes qui sont posé à l'humanité, donc à l'Europe ; ni même leur problème majeur – ce qui laisserait supposer qu'il peut être traité comme et parmi les autres – ; il est, en Europe comme partout dans le monde, le problème central, à l'origine de tous les autres, sans la solution duquel aucun ne pourra être résolu, qu'il soit de nature politique, économique ou sociale.

Il ne faut pas omettre qu'aux époques où Churchill et De Gaulle faisaient preuve de capacités colossales pour extraire leur pays de situations catastrophiques, la population mondiale était : en 1940 de 2.3 milliards d'individus, en 1965 de 3.3 milliards soit moins de la moitié de ce qu'elle est de nos jours et qu'elle sera supérieure à 10 milliards au début du prochain siècle. Si par euphémisme ceux qui n'y trouvent rien à redire, considérant que les désordres et violences, de toutes sortes que connaissent la planète et l'humanité sont dus à une mauvaise organisation, une question simple doit leur être posée : qu'est-ce qui peut prendre en défaut une organisation, qu'elle soit bonne ou mauvaise, sinon le nombre augmentant sans cesse de ceux qu'il s'agit d'organiser, et la complexification – non la banale complexité – croissante qui en résulte? D'ailleurs, le triomphe de la technocratie n'est-elle pas le simple résultat du dépassement de nos capacités organisatrices ?

Quand une vague de 280 000 être humains supplémentaires déferle quotidiennement sur terre et que le bureau International du travail déclare qu'il se crée dans le monde entier, environ 50 millions d'emplois par an, que chacun fasse le compte et se demande où sont le problème et sa solution, alors que tous les indicateurs sont au rouge pour ce qui concerne les ressources de la planète. Et une transition démographie à l'échelle mondiale – pour autant qu'elle se produise un jour – interviendra désormais trop tard pour que ses effets modifient de manière déterminante le cours des choses.

Les derniers repères disparaissent, la démocratie est  chaque jour un peu plus l'ombre d'elle-même. Que dire de ces perdants aux référendums : sur le Brexit réclamant une nouvelle consultation, ou au sujet de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, déclarant le jour de leur défaite que "la lutte se poursuit", probablement sans rien changer à leur manière de contester. Le parlementarisme est entraîné partout dans la spirale infernale d'une bureaucratie qui le discrédite en tout, comme la politique de manière plus générale ; le travail est victime, non seulement des attaques dont il est l'objet de toutes parts, que ce soit par des idéologies qui en contestent la valeur et la nécessité, par Internet et les NBIC ** ou, au nom de l'assistanat, par des mesures inappropriées en faveur de ceux qui sont privés d'emplois : contrats illusoires, aides et allocations de toutes sortes ; artefacts inventés par l'impuissance.

Si le Brexit, n'est pas seulement le triste spectacle du repliement sur elle-même d'une nation ayant brillé par son ouverture à toutes les idées et par sa tradition d'accueil, est-il annonciateur de la victoire de Trump aux Etats-Unis ou le Brexit sera-t-il l'antidote du Trumpisme, en cela qu'il pourrait alerter l'électeur américain quant au risque d'un vote dicté par la peur de l'autre ? Les adeptes de la théorie du complot pourraient même y voir une manœuvre fomentée par l'oncle Sam pour s'éviter une épreuve comparable, à une autre échelle cette fois.

Ceci dit et pour en rester au divorce entre l'Angleterre et l'Europe, le dernier mot n'est pas dit, à en croire un gouvernement Britannique qui semble vouloir s'en remettre à son successeur pour concrétiser les résultats du référendum, ainsi qu'aux nombreux partisans sur le continent, qui souhaitent qu'il en soit comme si de rien n'était.


* Voir à ce sujet le site de la fondation Charles De Gaulle à l'adresse suivante :

** La révolution transhumaniste par Luc Ferry - Plon - Avril 2016