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mardi 24 mars 2015

De Malthus à l'urgence démographique

De Malthus à l'urgence démographique


N'est-il pas plus avisé de discerner un risque de catastrophe avant qu'elle advienne plutôt que d'attendre dans un optimisme béat autant qu'irresponsable, qu'elle se produise, et a fortiori nier ce risque avec obstination contre toute évidence, jusqu'à ce qu'il se vérifie ? L'observation de la pyramide sociale et de son évolution à travers les siècles donne en tout cas raison à Malthus, bien au-delà de la relation entre population et ressources alimentaires sur laquelle il a d'abord bâti sa doctrine, Et les deux conférences récemment données par "Démographie responsable" et pouvant être visionnées aux adresses suivantes en attestent.


L'état d'urgence démographique y est clairement proclamé, avec chiffres incontestables à l'appui, et situé au premier rang – qui est le sien – des préoccupations écologiques. Y est par ailleurs dénoncé le risque de dérive que contient l'idée trop souvent sommaire de décroissance, laquelle reviendrait à régresser pour aggraver notre état de surpopulation, avec pour résultat une misère généralisée ne pouvant mener la société qu'aux pires extrémités.
Du fait de cette structure incontournablement pyramidale de notre société, du sort qui y positionne chacun de ses occupants à sa naissance (quelles que soient les changements qui puissent y être apportés au cours de son existence), des taux de natalité pratiqués par les différentes catégories sociales, les pauvres ayant fait l'objet de la sollicitude de Malthus sont, non seulement toujours les plus nombreux à la peupler mais assurés de leur perpétuelle et grandissante supériorité numérique,




L'ajustement de la population humaine, que son empreinte écologique situe entre 3 et 5 milliards d'individus, est donc la réponse, non seulement à ses besoins alimentaires mais à tous ceux que génère son niveau de vie, ainsi qu'à un meilleur équilibre social dont ne pourra naître que le mieux être de ceux qui le vivront lorsque nous leur aurons cédé la place.


Malthus avait conscience du mécanisme inscrit dans la pyramide sociale, lorsqu'il écrivait, dans le langage de son époque, à son adversaire l’utopiste William Godwin : « ... la race des ouvriers pourrait, en s’abstenant du mariage, et par conséquent en réduisant son effectif, améliorer immédiatement sa condition… ».(édit. Bonar, 1926, p. vii-viii).


De même pour Paul R. Ehrlich, auteur de " La bombe P", quant avec un décalage de quelques décennies il écrivait : « Le but de cet ouvrage n'est pas tant de proposer des plans pour améliorer la société que de faire sentir la nécessité de se contenter du mode d'amélioration qui nous est prescrit pas la nature, et de ne pas mettre obstacle aux progrès qui devraient être faits dans cette voie. »
« vouloir assister les pauvres de manière à leur permettre de se marier aussi précocement qu'ils le voudront et d'élever une nombreuse famille, aboutit à une impossibilité mathématique. La prise de conscience de cette vérité serait très importante puisqu'elle éviterait aux riches [et à tous ceux qu'anime une compassion dévoyée] de détruire les bons effets de leurs propres efforts et de gâcher leurs bontés en les dirigeant vers des buts parfaitement inaccessibles ; elle leur permettrait de concentrer leur attention sur des objectifs plus convenables et de faire ainsi davantage de bien.»
« Il est probable que la structure de l'édifice social ne sera pas modifiée dans le grand avenir; nous avons tout lieu de croire qu'il y aura toujours une classe de propriétaires et une classe d'ouvriers. »


Bien des intellectuels, chercheurs et autres membres de l'élite se sont gaussés et se gaussent encore de tels propos, préférant s'en remettre à un optimisme aveugle, encouragé par la promesse d'une transition démographique qui ne résoudrait rien, compte tenu d'un état de surpopulation d'ores et déjà atteint.


Certes Malthus a offensé le progrès en écrivant « Nous sommes donc en état d'affirmer, en partant de l'état actuel de la terre habitable, que les moyens de subsistance, dans les circonstances les plus favorables à la production, ne peuvent jamais augmenter à un rythme plus rapide que celui qui résulte d'une progression arithmétique. ». Les faits l'ont démenti depuis. Diverses sciences et techniques (biochimie, diététique, culture hors sol par exemple) ont fait la preuve qu'elles pouvaient aider l'agriculture pour satisfaire les besoins alimentaires d'un effectif passée de 1 à 7 milliards d'êtres humains. Et si une part importante de la population du globe souffre encore de la faim ou de malnutrition, les causes en sont, davantage qu'une insuffisance de production, des problèmes d'ordre logistique, un mauvais partage des dotations, la corruption, etc. Mais à quoi sont dues ces difficultés sinon aux insolubles problèmes de gouvernance auxquels mène la prolifération des humains ?

Malthus précise d'ailleurs : « L'étude de ces causes étant beaucoup trop complexe pour qu'un seul homme puisse s'y livrer avec succès, cet Essai a pour objet d'étudier uniquement les effets d'une seule d'entre elles ... la tendance constante de tous les êtres vivants à accroître leur espèce au-delà des ressources de nourriture dont ils peuvent disposer ».