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vendredi 10 octobre 2014

Croissance ou décroissance ? - L'écologie dénataliste, seule voie d'un développement viable

Croissance ou décroissance ?
L'écologie dénataliste, seule voie d'un
développement viable




La situation de crise s'éternisant, le débat aux plus hauts niveaux se précise et s'amplifie entre partisans d'une poursuite de la croissance et ceux de la décroissance. Pourtant, l'une ne vaut guère mieux que l'autre pour résoudre des problèmes de société aux dimensions désormais planétaires, devenant chaque jour plus aigus et en annonçant de pires encore ; la solution est ailleurs ; là où nos habitudes, nos préjugés et nos peurs nous empêchent de la voir.

La croissance comme la décroissance, appliquées à la société dans son état actuel, sont vouées à l'échec, en cela qu'elles sont l'une comme l'autre suicidaires. La croissance parce qu'elle a conduit en moins de deux siècles l'humanité à des débordements qui finiront de la tuer par asphyxie, la décroissance parce que le progrès étant ce qui caractérise l'espèce humaine, l'abandonner par incapacité à en jouir raisonnablement, est ni plus ni moins que de la résignation et un aveu d'impuissance ; un renoncement au détriment des générations futures, sans compter la résistance des bénéficiaires que nous sommes tous, dont bien peu accepteront que soit mis fin à leur bien-être, ni même qu'il soit réduit. La décroissance ne se satisfera pas davantage de l'exemple donné par ses plus chauds partisans qu'elle ne pourra se contenter d'une approbation – que ce soit par le vote ou la participation à des manifestations, seraient-ils de masse.  Elle ne peut être que l'adoption, par tous, de mœurs différant en tous points de celles pratiquées aujourd'hui par le plus grand nombre. Il ne s'agirait plus pour quelques militants de donner l'exemple de comportements emblématiques, mais pour tous de changer radicalement ses manières de se nourrir, de se vêtir, de se loger, de se déplacer, de s'organiser, ... en bref, de mettre en cause sa manière de vivre. La décroissance ne saurait se résumer au changement de comportement de quelques convaincus, d'autant que l'homme est viscéralement attaché à ses habitudes, au point que comme l'a dit trivialement quelqu'un, la seule chose dont il accepte de changer tout au long de sa vie est sa couche, lorsque bébé il l'a souillée. Dès lors, n'est-il pas illusoire de croire que la majorité et a fortiori la totalité des individus en seraient capables, et avant cela, qu'elles y seraient réellement disposées ?

Probablement, de telles idées sont-elles difficiles, voire impossibles, à faire partager à tous les hommes, eu égard à leur nombre, à leur diversité culturelle et à la distance existant entre le quotidien de la plupart d'entre eux et une réalité mondiale qui leur échappe ; mais que proposent les pouvoirs pour y pallier ? Quel responsable va se décider à dénoncer l'impuissance de ces deux voies que sont croissance et décroissance en l'état, pour en préconiser une troisième, seule viable. C'est en effet seulement avec une population moindre, maîtrisant et dosant ses efforts de productivité, orientant sa créativité vers la recherche du mieux plutôt que du toujours plus que la société produirait moins, ou pourrait moins produire, moins consommer et moins gaspiller. C'est la seule chance de tous ceux qui la composent, quelle que soit la place qu'ils y occupent et le rôle qu'ils y jouent, de continuer à bénéficier de l'essentiel des avantages que le progrès leur a procuré au cours des siècles, et dont l'abus mène la planète et l'espèce humaine à l'épuisement.

Par ailleurs, le nombre de pauvres se réduisant proportionnellement à l'occupation d'une pyramide sociale moins peuplée, l'équilibre social dont le premier ennemi est le surnombre pourrait être utilement recherché. Le poids de la pauvreté étant moindre, la société ne pourrait qu'y gagner en efficacité dans son rôle, humanitaire par nécessité au détriment de l'humanisme, pour tenter de compenser une injustice sociale héréditaire et structurelle. Dans ce même but, elle pourrait réorienter sa pression sur ceux dont les moyens doivent être d'œuvrer à un progrès profitable à tous, plutôt que de se limiter à les ponctionner sans discernement.

Il appartient aux pouvoirs, notamment religieux, politiques et scientifiques, dont les représentants sont si rares à avoir perçu l'absurdité d'une croissance industrielle et économique vouée à l'échec en raison de l'augmentation démesurée de la population à laquelle elles était censée profiter, de réparer les dégâts s'il en est encore temps. Il leur suffit pour cela de concevoir, multiplier et amplifier les initiatives auxquelles ont déjà pensé certains, visant à aligner les taux de natalité des plus pauvres – 6 à 8 en certains pays – sur ceux des nantis – 2, environ, suffisant au renouvellement des générations ?

À ceux qui ferait un argument opposable à une réduction de la population mondiale du fait que la vie au début du XIXème s. ou antérieurement, avait tout à envier à celle que nous menons de nos jours, il doit être rappelé que la non satisfaction des hommes quant à leur sort s'est plutôt accrue depuis et surtout que le progrès, en dépit de ses effets pervers, a certainement été plus déterminant que la démographie dans l'amélioration du niveau de vie de la société en général.

Une stabilisation, et a fortiori une réduction du nombre d'habitants de notre planète peut par ailleurs susciter une objection d'ordre éthique, au motif qu'elle contrarierait l'augmentation continuelle de la population, couramment considérée comme une fatalité. Mais dénatalité ne signifie pas atteinte au vivant. L'alignement des taux de natalité des catégories sociales défavorisées sur ceux pratiqués par celles qui ne le sont pas, n'est en rien comparable à des pratiques abortives ou pires. Et pour ceux qu'un sort aveugle condamne à peupler la base de la pyramide sociale, qui pourraient regretter qu'ils puissent échapper en plus grand nombre à un tel sort, dans une société de plus en plus encombrée et offrant de ce fait, à ceux qui le voudraient, de moins en moins de chances de modifier par eux-mêmes leur condition ? Une dénatalité voulue n'est-elle pas préférable à cette sélection naturelle qui élimine l'excédent de semences de toutes espèces pourtant promises à la vie, comme il en est de ces innombrables spermatozoïdes, graines et autres sources de vie? Devons-nous attendre de la faim, de la maladie ou la guerre, l'élimination d'un excédent d'effectif humain, à commencer par les plus vulnérables.

Le progrès, dont la croissance est indissociable, pourrait se poursuivre au bénéfice d'une société moins nombreuse et allégée d'une part considérable de sa pauvreté. Un socle démographique ramené à ce qu'il était à l'époque des premières révolutions industrielles, scientifiques, technologiques et économiques, permettrait d'en poursuivre le cours en tirant les enseignements d'une prolifération qui en ruine les effets bénéfiques. À défaut, une tout aussi problématique stabilisation de la population à son niveau actuel constituerait un objectif moins ambitieux et décisif, qui laisserait la société face à ses difficultés et au vœu pieu que ses dirigeants finissent par se montrer capables de les maîtriser, sachant : 1°/ Que la réduction des taux moyen de natalité, incontournable en tout état de cause, générera un vieillissement de la population qui, pour être passager n'en sera pas moins source de problèmes supplémentaires. 2°/ Que autant la croissance que la décroissance seront interdites à plus ou moins brève échéance.

Quoi qu'il en soit, il appartient à l'élite et aux sociologues, démographes et autre experts des disciplines et sciences concernées de guider la société dans son choix, dont seul celui d'une croissance au bénéfice d'une population moindre pourra lui permettre de poursuivre son chemin, dégagé de l'abus majeur dont nul n'a su anticiper les effets catastrophiques.

« Le paradis c'était hier ... chacun se souvient d'un monde où nous étions moins nombreux, plus heureux, plus libres » (Alan Wiesman - Compte à rebours – Flammarion janv. 2014). Nous pouvons retrouver, sinon le paradis, du moins plus de bonheur et de liberté, si nous avons le courage d'identifier et d'affronter sans tergiverser la raison majeure de leur anéantissement, qu'est la surpopulation.


Rappel

Chaque jour, 220 à 250 000 êtres humains déferlent sur notre planète pour s'ajouter à sa population, qui dépassera 9 milliards vers 2050 et 11 milliards au début du prochain siècle. Par l'effet de la structure de la société et du sort qui les fait naître ce qu'ils sont, les pauvres qui représentent la grande majorité de ces nouveaux arrivants vont s'ajouter à ceux qui surpeuplent déjà la base d'une pyramide sociale atrophiée, dont le sommet s'élève inexorablement en accentuant les écarts qui y règnent. Et la répartition – bon gré mal gré – de ces surcroîts de population miséreuse, partout où cela peut contribuer à les résorber, nourrit et accentue la pauvreté et les inégalités, causes autant que conséquences de tous nos maux. Mais il s'agit d'un sujet tabou que se limitent à exorciser les pouvoirs par un développement prétendument durable, lorsqu'ils n'attendent pas une rémission d'une hypothétique transition démographique qui ne pourrait dorénavant qu'intervenir trop tard.


Quels que soient les indicateurs et autres indices inventés partout dans le monde, au gré des idéologies dominantes, si l'appauvrissement des ressources de la planète et la dégradation de notre environnement s'accélèrent, si le chômage devient incontrôlable, si les pauvretés individuelles se multiplient, si les inégalités se creusent, si les désordres et les violences se multiplient et s'amplifient, la raison en est avant tout l'augmentation considérable de la population mondiale et celle de la richesse globale qu'une partie de cette même population suffit à générer par son activité, avec l'aide de techniques dont nous devenons tous les esclaves, le partage de cette richesse étant une toute autre affaire.