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mercredi 1 mai 2013

Inégalités sociales - Fondamentaux pragmatiques

Inégalités sociales - Fondamentaux pragmatiques


La pauvreté – comme la richesse – est une composante de la société, structurelle et mécanique, aussi relative qu'incontournable ; et des inégalités en résultent, ajoutant à nos différences. En prendre conscience serait le premier pas à faire pour atténuer cette pauvreté et ces inégalités, voire les maîtriser, à défaut de pouvoir les éradiquer. La preuve a en été largement administrée depuis plus 20 siècles, durant lesquels les raisonnements, les doctrines ainsi que les méthodes et les moyens appliqués pour les combattre ont été impuissants face à leur augmentation et à leur exacerbation.


En occident comme ailleurs, dans les pays développés comme dans les autres, la société des hommes est, a toujours été et sera jusqu’à sa fin, faite d’inégalités. L’exception y domine la banalité, le pouvoir le peuple, la force la faiblesse, l’intelligence la sottise, le savoir l’ignorance, la richesse la pauvreté, etc. ; dans tous leurs aspects. Et plus les richesses augmentent – qu’elles soient d’ordre matériel ou autre –, plus s’accroît l’écart entre le sommet d'une pyramide sociale qui n’a pas d’autres limites que l'ambition humaine et les capacités de la planète et, à l’opposé, une base inamovible, où règnent la pauvreté absolue et l'indignité, dernier état de la condition humaine.


Il existe des chiffres et un mécanisme vieux comme le monde, dont il faudrait pourtant avoir clairement conscience avant de tenter quoi que ce soit d’utile pour secourir durablement les plus nécessiteux d’entre nous, qu'il s'agisse de continents, de nations, de régions, comme d'individus.


À l’aube de notre ère, la Terre était peuplée d’environ 250 millions d’êtres humains. Elle en compte plus de 7 milliards aujourd’hui, dont 1,5 milliard vivent dans un état de pauvreté profonde. L’homme et le progrès dont il est porteur ont ainsi créé, en 20 siècles, 5 fois plus de miséreux qu’il n’y avait d’individus de toutes conditions sur terre au début de leur entreprise. Et la population augmente, quotidiennement, de 200 à 250 000 âmes qui viennent, dans leur grande majorité, surpeupler la base d’une pyramide sociale dans laquelle le "descenseur social" prend le pas sur l’ascenseur du même nom démontrant, s'il en était besoin, que la pauvreté est plus facile à partager que la richesse.


Les objections ne manqueront pas, à commencer par le reproche de voir la bouteille en partie vide plutôt qu’en partie pleine et de faire ainsi preuve d’un pessimisme exagéré. À supposer que tous les hommes aient été pauvres au début de notre ère, ce qui ne saurait être le cas du simple fait de le relativité de la pauvreté – comme de la richesse bien entendu –, alors que le nombre de ces pauvres a été multiplié seulement par 4 à 5, celui de la population totale l’a été par 28. De quoi effectivement dédramatiser l'augmentation du nombre de pauvres ! Mais ce qui nous préoccupe ici est la pauvreté et la progression en nombre des pauvres. Ce qui est important et prioritaire n’est pas de savoir si la civilisation a créé plus de riches que de pauvres mais de savoir quels ont été ses effets sur la pauvreté. Quand bien même il n’existerait qu’une poignée de miséreux sur terre, c’est leur sort qui nous intéresse et non celui des heureux élus qui ont le bonheur d’y échapper. Or l’observation est indiscutable : le nombre de pauvres profonds a augmenté de un milliard et demi en vingt siècles, si nous ne chipotons pas sur quelques dizaines de millions.


Quant à savoir si cette variation a connu des fluctuations ; quels en ont été les pics ou les baisses, il s’agit d’autres aspects de la question. Il suffit de réaliser qu’à un moment donné de l’histoire des hommes – en l’an 2000 – le nombre d’êtres humains atteints de misère profonde est inacceptable, même s’il est communément admis qu’il ne représente que 14% de la population totale de la planète ; certains prétendant que la réalité est bien supérieure


En dépit du véritable escamotage du facteur démographique par la plupart de ceux qui se penchent sur le cas des pauvres, la pyramide sociale, pour aussi schématique qu’elle soit, met pourtant en évidence le fait que les pauvres des uns sont les riches des autres, dans une relativité universelle que non seulement les uns et les autres négligent, mais qu’ils contribuent à masquer avec un égoïsme comparable à celui des riches du sommet, qu’ils ne font le plus souvent qu’imiter et jalouser dans leur impuissance. Ceux qui confondent richesse avec confort et bonheur avec richesse, démontrent ainsi que le sort d’un milliard et demi de pauvres réels et profonds leur importe moins que les enjeux de leur propre lutte, reprochant aux riches d'être nés ce qu'ils sont et tentant de leur arracher ce qu’ils leur envient, avec une rapacité obstinée. En dépit de leurs généreux principes, ils méprisent ainsi ceux dont ils sont eux-mêmes les riches tout en s'en prétendant les défenseurs. Ils ignorent, dans un égoïsme médian qui vaut n'importe quel autre, que tout ce qu'ils parviennent à obtenir pour améliorer leur propre confort est autant de moins pour plus pauvres qu'eux et, in fine, pour ces miséreux authentiques qu'ils contribuent ainsi, la conscience plus ou moins tranquille, à priver de leur pain.


Face à ce constat, s’il est possible de penser que l’accroissement de la population est porteuse de progrès, il est aussi permis d’imaginer qu’il peut avoir d’autres effets ? N’est-il pas en tout cas surprenant qu'il soit si peu question de démographie dans les plus compatissants discours ? Ne devons-nous pas, tous autant que nous sommes, ouvrir les yeux et en débattre sérieusement si nous voulons véritablement, sincèrement, offrir avec lucidité et réalisme quelques chances aux plus malheureux d’entre nous de voir s’améliorer durablement leur sort et au-delà celui de leur descendance ?


Apprécier la mesure dans laquelle le sort des hommes est influencé leur nombre, tel est le sujet dont devraient prioritairement se soucier sociologues, démographes, économistes, responsables politiques et religieux. Car s’il leur est possible, bénéficiant pour la plupart d’un confort matériel évident, de se livrer avec un certain recul à leurs réflexions, tout se passe dans l’opacité d’une misère aggravée par une démographie galopante pour une trop grande part l'humanité. Ce sont les nantis qui font cette opinion qui dénonce la pauvreté selon des critères d'un optimisme coupable –, mais est-ce suffisant et acceptable, quand la population du globe est en voie d'atteindre les 10 milliards d'individus ? .


Des évidences, dont chacun doit prendre conscience, déterminent en tout cas les conditions et contraintes sous lesquelles est placé un équilibrage dont la société moderne a le plus grand besoin :
- La richesse et la pauvreté existent l’une par l’autre.
- Chacun d'entre nous hérite à sa naissance de sa part de l'une et de l'autre.
- La structure pyramidale de la société humaine est non seulement inéluctable mais incontournablement assortie de sa distance – variable – entre sa base, la pauvreté, et son sommet, la richesse.
- Si la richesse n’a pas de limites, la misère a la sienne, qui est le fondement même de la condition humaine, là où elle est le plus concernée par la démographie ; là où, absolue, elle peut descendre au niveau zéro, au-dessous duquel règne l’inexistence sociale.
- Du fait de la structure pyramidale de la société, la croissance démographique frappe davantage les pauvres peuplant sa base que les riches occupant son sommet.
- Lutter contre l'enrichissement de la société sans se soucier de démographie, aggrave d'abord la proportion et le sort des plus pauvres.


Aucune résignation dans ce qui précède, mais bien au contraire un appel à regarder la pauvreté pour ce qu’elle est réellement, à une échelle planétaire qui concerne dorénavant – la mondialisation aidant – chacun d’entre nous, du plus humble au plus riche. L’histoire enseigne qu’une révolution chasse l’autre ... jusqu’à celle d’après, comme elle remplace un pouvoir par un autre, siégeant au même endroit de la pyramide sociale. Aucune révolution n’a jamais changé durablement quoi que ce soit à un ordre immuablement établi, Tels le phénix, privilèges et inégalités renaissent de leurs cendres.

Une conviction par contre : si l'éradication de la pauvreté est un mythe, son endiguement ainsi que l'élimination de la misère profonde sont possibles. Niant une décroissance contraire au progrès qui distingue l'espèce, autant qu'une course irresponsable au "toujours plus", de tels objectifs passent inéluctablement, par une démographie maîtrisée, au profit d'une population contrôlée et pour le plus grand bien d'une planète qui n'en peut plus.