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jeudi 25 janvier 2018

Humanisme et robotique

Nous sommes désormais, irrévocablement entrés dans l’ère de la robotique. Pour évoquer le seul “C” des NBIC1, après avoir conquis des pans entiers de l’industrie partout les robots investissent notre quotidien. D’abord affectés à des tâches parcellaires et hautement spécialisées, ils peuvent en accomplir chaque jour de plus en plus nombreuses et complexes, dans tous les domaines, et ce sera finalement le cas des plus au moins ingrates.

Or la discrétion la plus grande règne, dès lors qu’il s’agit de savoir ce qui en résultera pour la multitude humaine que les robots remplaceront et qui n’en continue pas moins de proliférer et de réclamer les emplois lui permettant de vivre et d’élever sa progéniture.

Au mieux, de doctes experts nous rassurent en rappelant ce qu’il en a été lors de l’automatisation du métier à tisser tels, très récemment, ce consultant en économie d’une grande chaîne d’information. L’objection qui fit taire les canuts fut que cette automatisation de leurs tâches, serait créatrice de nouveaux métiers ; et cette promesse a été tenue. Il a fallu de nouveaux concepteurs, ingénieurs, entreprises et sous-traitants, avec de toujours plus nombreux employés et ouvriers de tous niveaux et qualifications pour produire ces équipements d’un nouveau genre. Mais faire l’amalgame avec l’avènement de la robotique relève benoîtement du n’importe quoi et donne une idée peu rassurante du sérieux avec lequel la question est considérée par au moins une partie de nos élites.

Les robots de demain sauront en effet, non seulement accomplir les tâches les plus diverses, mais ils seront capables de veiller à leur propre état de santé ; diagnostiquant leurs pannes, y remédiant, ils sauront même, avec l’aide de l’intelligence artificielle, concevoir et fabriquer leurs propres remplaçants, toujours plus performants. Ce seront alors toutes les activités qui pourront se passer des hommes, ce qui posera en termes inédits la question de leur emploi, ou plus exactement de leur non-emploi. De quelle manière, dans quelle mesure, de tels résultats leur profiteront-ils ? Se satisferont-ils, après s’y être eux-mêmes condamnés, de regarder les robots se multiplier davantage qu’eux-mêmes et produire encore plus qu’ils ne l’auraient jamais fait, – non sans accélérer l’épuisement des ressources de la planète ? Qu’adviendra-t-il d’eux-mêmes, après qu’ils auront délégué leurs tâches jusqu’à se dessaisir de leur programmation, ce qui reviendra à s’en remettre à l’intelligence artificielle – par principe illimitée – des robots ?

Par une autonomie qui le rendra apte à se réparer, à se perfectionner et à se reproduire par ses propres moyens, le robot deviendra un acteur à part entière de l’industrie et du progrès. Affranchi de la tutelle de son créateur, à quand le syndicat de robots, revendiquant l’insertion de ses innombrables membres dans la pyramide sociale, pour y reconstituer l’effectif des syndicats de travailleurs humains dont ils auront accéléré le dépeuplement ? Se contenteront-ils alors de loger à sa base, indifférents à la richesse matérielle ? En résultera-t-il un surclassement social des êtres humains, dans l’oisiveté ? En substituant leur peuple à celui des humains, les robots sauront-ils accomplir au bénéfice de ceux qui y ont toujours échoué, leurs aspirations suprêmes : n’être plus condamné à travailler et éradiquer la pauvreté ?

Dotés de facultés leur permettant de comprendre les enjeux d’un conflit avec leurs créateurs et de réagir en conséquence, les robots ne seront-ils pas tentés de les soumettre par une intelligence qu’ils développeront sans limites, parce que dénuée des sentiments qui bornent celle de l’homme ? « … un robot sera sans doute capable un jour de concevoir et fabriquer un autre robot en vue de satisfaire ses propres besoins, privant l’homme de sa spécificité d’asservisseur des choses et de ses semblables. Google travaillerait déjà à un protocole de neutralisation d’intelligences artificielles devenues incontrôlables2. »

Autant de raisons de se demander si l’humanité aura le temps et les moyens de répondre à ces défis dans l’urgence qui s’impose. Faute de cela, les conséquences de son aveuglement ne se limiteront pas à subir la répartition de la population à l’intérieur de la pyramide sociale, mais placera cette dernière, toutes catégories sociales confondues, sous contrôle d’un nouveau pouvoir absolu, aux intentions imprévisibles pour l’homme.

À supposer que l’effondrement de notre civilisation n’ait pas eu lieu avant d’en arriver là ; à condition que l’espèce humaine échappe au sort de celles dont l’existence est interdépendante au sein de la biosphère – « Partout, les écosystèmes sont menacés, et rien ne semble pouvoir enrayer la tendance. Alors que les pressions humaines sur l’environnement ne cessent de s’aggraver, plus de la moitié du vivant, parmi les vertébrés, a disparu ces quarante dernières années. C’est sur ce nouveau constat alarmant que s’ouvre la onzième édition du rapport Planète vivante, un vaste bilan de santé de la Terre et de sa biodiversité, publié jeudi 27 octobre 2016 par le Fonds mondial pour la nature (WWF)3 » – ; pour autant que les technologies d’un coût prohibitif, nécessaires à l’avènement du transhumanisme ne viennent pas à lui manquer, dans le meilleur des cas et le meilleur des mondes, il restera peut-être à l’homme la religion, les loisirs, les arts et les sports… pratiques désormais non lucratives et gratuites pour tous. Mais que restera-t-il de l’humanité et d’une planète qu’elle aura fini de dévaster avec l’aide des robots ?

1— N pour Nanotechnologies, B pour Biotechnologies, I pour Informatique, C pour cognitivisme (intelligence artificielle) – La révolution transhumaniste – Annexe, page 240 – Luc Ferry – Editions Plon avril 2016
2— “Demain, un droit spécifique pour les robots ?” – Belaud Théo, – Futurible, Note de veille du 24 novembre 2016
3— Le Monde, 27.octobre.2016

samedi 20 janvier 2018

Cause première et évolution de la pauvreté dans le monde

La pensée dominante et la compassion sommaire qu’elle véhicule se soucient bien peu des causes profondes des maux qu’elles prétendent combattre, comme elles n’ont que faire des grands mécanismes démographiques structurant la pyramide sociale en multipliant les pauvres 6 fois plus vite que les riches. Il n’est donc pas inutile d’en présenter ci-après une autre idée, dénuée tout autant d’idéologie que de ces savants calculs, indices et coefficients dont usent des observateurs davantage inspirés par leurs sentiments que par les faits, au risque d’aggraver le sort des plus démunis.



Les pays pauvres, à protection sociale faible, voire quasi inexistante, sont conduits à la surnatalité du fait que leurs anciens ne peuvent compter que sur leurs proches plus jeunes, pour être assistés, comme le plus souvent les malades pour être soignés. En conséquence, plus la famille y est nombreuse mieux elle est en mesure d’assumer ces fonctions sociales de base, et ceci d’autant que des taux de mortalité infantile élevés règnent encore dans nombre de ces pays. C’est ainsi que la société y est régie par des règles sociales ancestrales vécues comme une fatalité, et que la pauvreté peut y être considérée comme cause de surpopulation, dans un environnement économique générant une richesse collective insuffisante pour qu’il en soit autrement sans aide extérieure ; sans parler de croyances, idéologies, traditions, mœurs et intérêts y faisant souvent obstacle.

Pour les pays développés, dont les citoyens bénéficient d’une couverture sociale moderne, la question se pose en d’autres termes. S’agissant de financer durablement des soins et allocations diverses ayant notamment pour buts de soutenir une natalité répondant aux besoins de leur développement économique et de garantir le meilleur niveau de vie possible à ceux qui ne sont plus en âge de travailler, la réponse est dans un équilibre entre cotisations et pensions, donc entre cotisants et pensionnés ou naissances et décès. À la différence des pays pauvres, ceci est permis par une richesse collective élevée, qui ne cesse d’ailleurs de croître jusqu’à atteindre la démesure.

Contrairement à ce qu’il en est pour les pays pauvres, la pyramide sociale des pays riches se développe verticalement, au point que c’est leur enrichissement collectif qui développe leur pauvreté (relative), par l’accroissement incessant des écarts entre pauvres et riches. Mais dans un cas comme dans l’autre, si la pauvreté a la base de la pyramide sociale (niveau zéro de la richesse) pour limite, cette même richesse n’en connaît pas d’autres que celle des ressources de la planète et la voracité insatiable de ceux qui la convoitent et qui, quand ils ne sont pas les riches d’aujourd’hui, seront ceux de demain. Et quand leur démographie n’assure plus le renouvellement de la population des pays riches, celle des pays pauvres y supplée, ce qui explique en grande partie des flux migratoires chaque jour plus importants, charriant leur misère avec eux. Transfert d’une main d’œuvre compensant les déficits des uns en résorbant une partie de la surpopulation des autres.


Trop nombreux sont les observateurs qui ne tiennent pas compte de ces différences capitales entre pays pauvres et pays riches, et négligent le fait qu’elles se manifestent dans un monde globalisé. Leur idéologie étriquée s’y refuse, préférant l’amalgame et persistant à ignorer, voire à nier, les conséquences d’une démographie planétaire galopante. Ils négligent ce faisant l’incidence d’une perméabilité sociale des états allant croissant et faisant qu’aucun pays n’échappera au creusement des écarts de richesse, dans une pyramide sociale mondiale unique et atrophiée par sa surpopulation et l’atteinte d’un niveau de richesse collective vertigineux.

Il en est comme si tous les obscurantismes religieux et politiques se liguaient avec la cupidité, l’égoïsme et l’ignorance, pour encourager partout dans le monde le développement de la pauvreté, dont le premier indicateur est le nombre de pauvres. Car que le développement de la pyramide soit vertical ou horizontal, ou une combinaison des deux, ne change rien à la relativité de notre condition sociale, ni aux pourcentages selon lesquels la population globale se répartit (mathématiquement 14 % de riches pour 86 % de pauvres), avec toutes conséquences sur l’augmentation comparée du nombre des uns et des autres.






dimanche 14 janvier 2018

L’homme est avant tout un consommateur

Toutes les vérités ne sont pas bonnes à entendre, surtout quand elles heurtent l’idée que nous avons de nous-mêmes. C’est ainsi que nous préférons ignorer qu’avant toutes opinions, croyances et autres considérations, l’homme est un consommateur*. Il est même permis de se demander si, porté par cet insatiable besoin d’améliorer sa condition et celle de sa descendance – ce qui le distingue le plus des autres espèces animales – l’homme met l’économie au service de sa vie ou sa vie au service de l’économie. N’est-il pas curieux d’observer en effet que les sociétés structurées, depuis celles des fourmis ou des abeilles jusqu’à celle des humains, sont moins organisées dans l’intérêt et le respect de la vie de ceux dont elles sont faites que dans le but d’augmenter constamment leur richesse ? Concernant la société des hommes, il suffit de considérer ses dépenses d’armement et de santé, respectivement de 8,5 à 9 % et de 2,5 à 3 % du PIB mondial 2016, pour s’en rendre compte.

Par ailleurs, s’agissant de celles de santé, ces dépenses dont l’objet est la protection de la vie et l’allongement de sa durée, sont révélatrices d’un “marché”, avec sa demande émanant d’une population croissant sans cesse, et son offre, faite de produits, équipements et services y répondant depuis et même avant la naissance de chaque consommateur jusqu’à sa mort, y compris cette dernière, le marché du funéraire étant tout sauf anodin.

C’est ce qui explique que l’homme soit le premier prédateur de la planète, avec pour corollaire le mercantilisme et ce qui peut en résulter chez certains, en termes vénalité. Et ceci n’est pas l’apanage des riches. Les besoins des hommes, qu’ils soient vitaux ou superflus, innés ou inventés, sont inversement proportionnels à la richesse de chacun. Qui sont en effet, ceux qui ont le plus à demander à la vie, sinon ceux qu’un sort aveugle a fait naître nécessiteux ? Qui sont ceux que les hasards de leur naissance les ayant condamnés à être des consommateurs rationnés, ont pour première ambition d’augmenter leur ration ?

C’est ce “toujours plus” qui conduit l’homme, depuis qu’il existe, à chercher et cultiver une richesse arrachée sans discernement à la planète qui l’abrite. Mais il faut penser que c’est cet appétit qui a valu à l’humanité entière le progrès et l’amélioration de sa condition au cours des siècles, quel que soit le prix payé pour cela par son habitat qu’est la Terre et l’inéquité d’une répartition qui doit à la structure incontournablement pyramidale de la société, infiniment plus qu’à l’égoïsme ou au marasme des uns et des autres.

Trop facile de “cracher dans la soupe” – avec pour seul résultat qu’elle en devienne immangeable pour tous – en s’imaginant qu’il suffise pour y changer quoi que ce soit, de gémir sur son propre sort et pour se donner bonne conscience de compatir à celui de plus pauvre que soi ; le comble étant de se plaindre en s’identifiant aux plus miséreux, tout en encourageant la prolifération d’une espèce dont les pauvres (relatifs) se reproduisent à une vitesse qui est 6 fois celle des riches.

Dans de telles conditions, seule la charité, ou la solidarité, qui n’en est que le nom laïcisé, peuvent pondérer les effets d’une structure sociale inexorable. Mais encore faudrait-il, pour être efficaces et durables, que leur manifestation première soit d’encourager et d’aider tous les hommes à limiter et stabiliser leur nombre. Qui se plaindra que ce faisant le nombre de pauvres diminue plus que celui des autres catégories sociales, sachant que la naissance de chacun est une condamnation à vivre – sauf rarissime exception –, le sort de ceux qui lui ont donné la vie. D’autant que les besoins des plus démunis ont d’autant moins de chances d’être pleinement satisfaits que leur nombre croît, quels que soient les efforts de frugalité qui puissent être obtenus de ceux qui consomment le plus. À quoi sert de réduire la consommation de 7, 8 ou 9 milliards d’être humains aujourd’hui, quand leur population est vouée à dépasser les 11 milliards dans moins d’un siècle, dans un monde aux ressources nécessairement limitées et déjà largement réduites ?



* « Tout être humain est avant toute autre activité ou toute autre opinion un consommateur » (Gaston Bouthoul in Traité de sociologie, tome II, p. 180 - Payot 1968.)

Lire : “Précis de pyramidologie sociale”