vendredi 22 juin 2018

Genèse et pyramide sociale

Faire de la pyramide une représentation schématique de la société, relève pour certains de la fantaisie et nombreux sont ceux qui en rejettent la seule idée parce que contraire à l’idée que l’homme se fait de lui-même et à son idéal d’égalité, voire d’égalitarisme. Pourtant, rien de plus juste que les niveaux de plus en plus peuplés de la pyramide sociale, depuis son sommet jusqu’à sa base ; que les différences et superpositions qu’exprime cet empilement, traduisant autant de ces suprématies et subordinations, naturelles ou non, qui suscitent tant de peurs, de frustrations et de ressentiment ; que les relations d’interdépendance qui s’y établissent ; que les inégalités de richesse matérielle et immatérielle qui y règnent ; que ces pouvoirs que confèrent le savoir, l’intelligence et tant d’autres facultés qui sont autant de richesses inégalement partagées. Pour échapper à la pyramide, bien des experts en sciences dites humaines ne proposent-ils pas la toupie, le “diabolo” ou le sablier, faits d’un ou deux cônes plus ou moins déformés, opposés par leurs bases ou par leurs sommets, ou encore la sphère, quand ce n’est pas  le “camembert”, la nébuleuse et autres savantes figures. Au degré de précision près et abstraction faite des indices et autres paramètres expliquant le tarabiscotage de telles représentations, c’est oublier que pour l’usage qui en est fait ces représentations se ramènent toutes à la pyramide, en ce sens que la distribution de populations ou de valeurs y vont de l’unité, positionnée en un sommet ou un centre, au nombre le plus élevé occupant une base, un pourtour, etc.

L’économie d’une polémique peut donc être faite et la pyramide être d’autant plus utilement employée qu’au-delà de sa segmentation en niveaux hiérarchiques elle affiche ceux-ci dans leur rapport avec la démographie, dès lors que le volume de la pyramide est conventionnellement admis comme représentatif de la population totale qui l’habite.

Ceci n’est certes pas sans risquer ajouter l’occulte à l’extravagant, spécialement pour ceux qui prétextant de la manie qu’inspire l'égyptomanie, pourront esquiver la remise en cause de leur propre vision de la société. Mais n’est-ce pas précisément l’occasion de s’arrêter un instant sur la relation pouvant exister entre la pyramide antique et son usage en tant que représentation de la société ? En tout état de cause, est-il possible de faire sérieusement référence à la pyramide – quelle que soit la figuration à laquelle elle prétende – sans évoquer la part de mystère qui y est attachée depuis la découverte et l’exploration des premières d’entre elles ? Voici en tout cas implicitement posées quelques questions subsidiaires.

Alors que l’esprit de leurs constructeurs n’était pas encore influencé par le progrès ni asphyxié par des savoirs tellement abondants et diversifiés que nul ne s’aventurerait plus à tenter d’en faire la synthèse ; quand nous en sommes réduits à constater qu’en dépit de tant de connaissances accumulées nous n’en savons pas davantage qu’eux à propos du jeu de la vie dont nous avons la fatuité de nous croire des pions privilégiés ; pourquoi se sont-ils aussi universellement attachés à ce volume plutôt qu’à un autre ? Au-delà de la simple continuation d’une pratique architecturale remontant à la plus lointaine préhistoire, telle que pouvant résulter de l’édification d’un amas de terre et de pierres, ou de la construction d’une hutte de branchages revêtus de peaux ou de feuillages, quelles considérations ont pu guider leur choix parmi les autres formes possibles dont témoignent tant de monuments ? Pour quelles raisons les témoignages de ce choix nous sont-ils parvenus aussi nombreux et d’endroits si divers ? Quelle relation immatérielle pourrait exister entre la vision qu’ont pu avoir de la pyramide nos lointains ancêtres, et une humanité dont la condition et l’organisation, fondamentalement inchangées depuis la nuit des temps, s’y inscrivent avec autant d’évidence ?

Autant de questions ne peuvent qu’encourager un supplément de réflexion prenant en compte quelques données appartenant tout simplement à l’histoire des hommes. Si les enseignements susceptibles d’en être tirés peuvent paraître vains, qui niera les attraits du mystère ? Et puis, quels sont les moyens restant à l’ignorant pour exercer sa curiosité, sinon cette imagination qu’il lui arrive de se voir reprocher par ceux qui ne voient que par la religion ou la science ? Doit-il se priver de l’employer ? Doit-il refuser de s’y laisser aller ne serait-ce qu’un instant ? Est-il condamné à subir la toute puissance de démonstrations réputées savantes auxquelles il arrive aussi d’être remises en cause ?

C’est en tout cas se référer à un fait connu que de rappeler qu’en de nombreux endroits du monde existent des tertres et des cairns plus ou moins érodés, vestiges de constructions résultant de l’empilement de terre et de pierres et dont l’intérieur est parfois aménagé. En France, et plus précisément en Bretagne, le grand tumulus de Carnac et une trentaine d’autres, datant de 4500 ans environ avant notre ère, indiquent que parmi les premières constructions monumentales à avoir été édifiées par Homo sapiens, figurent celles faites de ces empilements rudimentaires. Si certains y voient l’origine de toutes constructions de forme pyramidale, ils doivent savoir que des pyramides – qui ne sont pas seulement égyptiennes – sont antérieures aux tumulus les plus anciens que nous connaissions. Il paraît donc peu probable que la pyramide soit simplement une sorte de perfectionnement de ces amas coniques de matériaux et la question reste entière. Qu’elle ait été ou non d’abord naturellement conique, à la manière de n’importe quel tas de terre ou de cailloux, pourquoi la pyramide ? Sont-ce les limites des moyens techniques dont ils disposaient qui ont amené les constructeurs des premières d’entre elles à adopter une forme si caractéristique ? La tentation est grande d’opter pour cette hypothèse, mais les édificateurs des grandes pyramides, notamment d’Égypte, se sont montrés capables d’autres prouesses architecturales et techniques. Les spécialistes nous diraient peut-être s’il existe d’autres raisons, mais il est suffisant ici de retenir que la pyramide est apparue sous toutes les latitudes aux époques les plus reculées.

Leur notoriété renvoie d’abord aux égyptiennes, qui sont incontestablement les plus connues. Parmi celles dont l’existence est prouvée, bien que certaines n’aient pas encore été explorées, plusieurs dizaines ont été et sont toujours étudiées, alors qu’une centaine, restant à tirer de l’oubli, a été localisée entre les sources et le delta du Nil, aux confins de ces régions réputées être le berceau de l’humanité. Mais de nombreuses constructions pyramidales sont présentes ailleurs dans le monde. En Amérique centrale comme en Amérique du Sud, du Mexique au Pérou, elles ont été découvertes avec le continent et les civilisations qui le peuplèrent avant l’arrivée des Européens. D’autres encore ont été recensées : en Afrique, au Soudan, en Europe ; comme à Visoko en Bosnie. En Chine, il en existe de plus nombreuses, plus monumentales, plus riches et aussi anciennes que celles d’Égypte, qui témoignent de la puissance et du raffinement de ceux qui les édifièrent. Aucun des continents où ont vécu les civilisations ayant participé de près ou de loin à l’avènement de l’actuelle société mondialisée des hommes n’a échappé à ce qui constitue un phénomène d’ampleur planétaire. Et de nos jours, l’architecture continue d’attester de l’intérêt qu’éprouve l’homme pour le volume pyramidal. Pourquoi cette forme plutôt qu’une autre ? Que peuvent signifier une telle ancienneté, une telle universalité, un tel attachement ?

L’économie, nom pudiquement jeté comme un voile sur un ensemble de pratiques par ceux qu’elles enrichissent, a de tous temps ouvert les chemins d’une exploration qu’ont empruntés, autant pour la soutenir que pour en profiter, les soldats et les porteurs de la bonne parole, laïque comme religieuse. Les sciences humaines balbutiantes, qui participaient ainsi à la démarche, ont vite été débordées par un appétit matérialiste soutenu par les sciences dites exactes et cette révolution industrielle dont nous connaissons aujourd’hui le flamboiement pour le meilleur et pour le pire. Cet appétit pouvant être précisément la cause d’un déficit d’humanisme, la perte définitive des repères élémentaires dont ont usés nos ancêtres ne peut-elle pas lui être imputée ? Il est en tout cas permis de s’interroger sur le fait que la sociologie, la démographie, l’économie, la politique ..., mises ici en relation avec la pyramide sociale en tant qu’héritières de cet humanisme exercé à une époque où l’homme était un individu encore respecté par le nombre, s’exercent encore au nom de cet humanisme. La pyramide, qui symbolise l’organisation dont traitent ces disciplines – parfois sans paraître s’en rendre compte – ne fut-elle pas considérée comme telle en d’autres temps, au point qu’à travers elle et l’usage qu’en a si abondamment fait en tant d’endroits une lointaine antiquité, nous ait été délivré un message oublié depuis ou que nous serions devenus incapables de déchiffrer et de comprendre ? C’est l’un des objets des mathématiques, et de la géométrie en particulier, que de fractionner, disséquer, analyser, mettre en équations figures et volumes ; que de raisonner à leur sujet et en tirer des lois permettant d’avancer vers la compréhension en tout. Bien avant que les hommes aient connu les plus élémentaires de ces lois, et pour les découvrir, ils ont donc nécessairement vécu livrés à leurs seules facultés d’observation et à leur intuition, lesquelles les ont conduits à l’astronomie, à la géométrie, à la philosophie, etc. À quel moment de ce long parcours, et à quel titre, la pyramide a-t-elle retenu leur attention ? Et qui a été le premier à s’en préoccuper ? Quoi qu’il en soit, livrée à la rigueur scientifique comme aux supputations les plus hasardeuses, la pyramide semble avoir été de tout temps l’objet d’une considération particulière. Est-ce seulement parce qu’elle a été l’une des premières constructions monumentales de l’homme ?

Ceci suffit-il à expliquer cela ? À supposer qu’un empilement de terre et de pierres ait pu être l’élémentaire façon de construire de tous les hommes, plutôt que d’imaginer que des civilisations aussi éloignées les unes des autres dans le temps que dans l’espace aient pu échanger leurs savoirs de bâtisseurs, est-il interdit de penser qu’ils aient pu accorder à la pyramide, sans se connaître et encore moins se consulter, une signification qui a ensuite évolué, jusqu’à revêtir ces rôles dont le sépulcral et le sacré sont ceux que nous connaissons le moins mal ? Son ésotérisme ne peut qu’en être avivé et donner lieu à l’échafaudage de théories les plus invraisemblables, mais la simple réflexion peut aussi conduire à une hypothèse plus pragmatique. Sans ôter quoi que ce soit à son caractère universel et outre sa fonction de tombeau réservé aux grands, la pyramide ne peut-elle pas être considérée sans le mystère, voire la magie que lui prêtent certains ? La coïncidence entre sa forme même et des aspects fondamentaux de l’organisation dans bien des domaines, à commencer par ceux où règne une hiérarchie, naturelle ou non, ne suffit-elle pas à éveiller l’attention ? Est-il contestable que l’organisation humaine puisse être ramenée à la structure pyramidale, avec son sommet et sa base ? Constat d’une simplicité qui décevra un grand nombre d’amateurs de mystère mais qui justement, par une évidence que la superstition a pu nous faire négliger pendant que le temps y ajoutait la banalisation et l’oubli, pourrait avoir conduit d’anciennes civilisations disposant d’un sens de l’observation intact, à attribuer à la pyramide une signification en accord avec cette coïncidence de portée universelle, liée à notre condition d’êtres organisés depuis toujours en sociétés pyramidales – parce que la nature le veut ainsi et que la nature humaine y ajoute – qu’il s’agisse de la famille, du clan, de la tribu, de la nation ou de quelque autre organisation que ce soit, dès lors que s’y exercent des pouvoirs.

Hormis son caractère sacré, qui semble au demeurant ne pas avoir été le seul lui ayant été conféré, ni honoré de la même façon par les divers peuples en ayant édifié, la pyramide pourrait alors être simplement la représentation de ce concept fondamental, reconnu comme tel par des bâtisseurs n’ayant vécu ni aux mêmes endroits ni aux mêmes époques et n’ayant pu échanger d’informations, sauf hypothèse improbable d’une transmission par des voies et des moyens qu’il nous resterait à découvrir. Si des civilisations précolombiennes ont usé de la pyramide comme outil de représentation de la société telle qu’elles la percevaient, il a pu en être de même à d’autres époques, en d’autres lieux et à des degrés divers, de la part d’autres peuples. La simple observation et le raisonnement des uns et des autres ont pu, de manière parfaitement plausible, les conduire à considérer que bien des phénomènes, à commencer par leur propre organisation, pouvaient être rapportés à la pyramide. Celle-ci aurait ainsi été, à des siècles de distance et au-delà des océans comme des montagnes, le symbole universel et universellement partagé de la condition humaine, par le seul effet d’une évidence qui aurait fini par nous échapper. Entre temps, ce sens aurait pu lentement évoluer en conservant sa dimension sacrée, liée à cette idée de Vérité associée aux croyances successives de l’homme, depuis les divinités spécialisées, hiérarchisées et vivant chacune au sommet de leur propre structure – pyramidale elle aussi – jusqu’au monothéisme s’attaquant à une angoisse universelle, qu’il ne restait plus à ses prophètes qu’à codifier pour tenter de la rendre plus supportable. La pyramide ne lève pas la disgrâce existentielle de l’homme ; elle ne fait au contraire qu’accentuer l’angoisse qu’il peut en éprouver, en représentant avec un réalisme implacable l’univers structuré et clos dont il est à jamais prisonnier, après qu’un sort inexplicable lui ait assigné à sa naissance une place en son sein, ignorant les promesses de compensation dans l’au-delà que sauront lui offrir les nouvelles religions. Pour aborder cet au-delà, seuls les morts ayant le privilège de loger dans la pyramide, après avoir siégé à son sommet de leur vivant, y étaient préparés, par la momification s’opposant à la corruption de leur chair, comme en se munissant de ce qui serait nécessaire à leur survie dans leur dernier séjour.

Des divinités peuvent avoir coexisté avec la pyramide et elle a pu être le lieu de cultes célébrés en leur nom ainsi que celui d’autres pratiques aussi bien religieuses que profanes, avant de devenir les témoins de secrets enfouis avec elles sous les sables. L’apparition puis l’expansion du monothéisme sont-elles pour quelque chose dans le déclin de la pyramide ? Laissons aux historiens le soin de nous renseigner, la réponse n’étant pas nécessaire ici. Mais les grandes religions, à travers le judaïsme pour ce qui est de l’occident, ne peuvent-elles pas s’interpréter comme des réactions envers une malédiction sociale dont la pyramide fut longtemps et partout la représentation et peut-être pour certains la dénonciation ? L’aggravation de l’angoisse en résultant pour l’homme ne pouvait aller sans susciter un besoin de reconnaissance, d’espoir et d’amour dont la Bible – refoulée par une Égypte dominée par la pyramide – portait les germes. Des religions salvatrices, fondées sur la révélation et encouragée par une crédulité, des peurs et une superstition nées bien avant elles, n’auraient-elles pas pu ainsi se substituer à des croyances résultant d’une froide observation de la réalité, telle qu’y engage une vision pyramidale de toute organisation hiérarchisée, naturellement ou non, à commencer par celle de la société humaine ?

L’homme, ébloui par sa foi telle que l’ont sublimée des religions somme toutes assez proches les unes des autres et d’ailleurs sur le chemin de l’unification, ainsi que des idéologies laïques visant elles aussi son bonheur par le refus quelque peu obscur de la société pyramidale, peut avoir de la sorte oublié d’anciennes croyances, issues non pas de la révélation, mais de la simple observation ? « Tu ne t’éteindras pas, tu ne finiras pas. Ton nom durera auprès des hommes. Ton nom viendra à être auprès des dieux. » Cette assurance de vie éternelle adressée à Pépi 1er (-2289/-2247) et gravée sur les parois de son appartement funéraire appartient à l’un des plus anciens recueils de textes de l’humanité. Il est probable que ces incantations, qui aidaient le souverain à renaître dans l’au-delà, furent récitées par les prêtres jusqu’à la Ve dynastie égyptienne. Quelles autres incantations les prêtres récitaient-ils, sans que le rôle de tombeau fut ou non dévolu à la pyramide ? Quelle que soit la réponse à cette question, le texte gravé sur les parois de la chambre funéraire de Pépi 1er est du plus grand intérêt dans sa première phrase, laquelle peut s’adresser aussi bien à la pyramide qu’au défunt pharaon. La formule ne pourrait-elle pas être antérieure à la fonction funéraire de l’édifice ? D’éternel à universel il n’y a qu’un pas que les anciens ont pu franchir, concernant le caractère de la pyramide, en partant des observations auxquelles ils avaient pu se livrer, expliquant leur choix architectural. Il n’est pas impossible qu’ils en aient tiré conclusion. Une vision pyramidale applicable à toute organisation hiérarchisée, comme l’a toujours été par nature celle de toutes les espèces, a fort bien pu conduire les premiers penseurs à voir avec réalisme l’humanité condamnée à subir un sort irrévocable. Voici en tout cas ce qui précède de peu et même coïncide avec l’avènement et le succès des grandes religions modernes, promettant à tous la vie éternelle et la compensation de leurs peines telles qu’endurées de leur vivant à l’intérieur d’une abominable pyramide sociale dont nul ne veut plus entendre parler. Les clercs de l’époque – qui pourrait s’inscrire dans la troisième de Condorcet 1 – étaient-ils à ce point convaincus de la justesse de leur vision de la condition humaine, qu’ils aient voulu par leurs pyramide la transmettre envers et contre tout afin qu’il en soit tenu compte dans la recherche du meilleur équilibre social possible ? Aurions-nous oublié leur avertissement, séduit par le mirage du progrès matériel et encouragés par d’autres clercs ayant véhiculé, véhiculant et multipliant depuis d’autres croyances, assez rassurantes pour être préférées à une vérité aussi profonde que naturelle, que nous préférons ignorer à la manière des autruches ? Il est en tout cas intéressant, pour approfondir ces questions, de s’interroger, d’une part sur les raisons pour lesquelles le panthéisme, porté par la Grèce antique à son apothéose que fut l’olympe, s’est inséré entre le collège des dieux de l’Égypte associés à ses pyramides et la religion monothéiste révélée d’Israël, avant que le Christianisme et l’Islam ne le cautionnent ; et d’autre part – d’un point de vue socio-politique–, sur l’évolution de l’idéal républicain, depuis sa naissance avec Périclès jusqu’aux avatars des démocraties, moderne dont entre autres la Grèce actuelle fournit l’exemple. Il en ressort que l’homme a toujours été et demeure prisonnier, autant de ses angoisses que de sa crédulité. Et le fait que cette dernière semble s’éroder au contact de la science n’y change rien. Non seulement il a troqué au cours des millénaires de son évolution, ses croyances religieuses pour d’autres, sa spiritualité multipliant sectes et religions, mais il y a ajouté des idéologies laïques le privant tout autant de son libre arbitre. Toujours est-il qu’il en résulte un fait essentiel : La quête de plus de justice sociale et le combat contre la pauvreté et les inégalités sociales, tels qu’ils sont dictés à l’homme par son désir inné d’améliorer sa condition, sont privées d’une vérité incontournable, quand chacun sait que lutter efficacement contre qui ou quoi que ce soit, nécessite d’abord de le connaître et le reconnaître.


1— Cf. Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain – Troisième époque

samedi 16 juin 2018

Inéluctables inégalités sociales ?


Quelle que soit l’idée que chacun puisse se faire de la justice sociale, nul ne peut être indifférent au fait que vingt siècles après la naissance de la civilisation occidentale, le nombre de pauvres profonds dans le monde soit devenu plusieurs fois ce qu’était la population humaine totale de la planète, toutes conditions confondues et quel que soit le nombre de ceux qui échappent de nos jours à la misère. D’autant que cette même civilisation a vu se développer un progrès scientifique et technique qui a considérablement changé les conditions d’existence du plus grand nombre, partout dans le monde.

Mais se satisfaire de ce constat pour prétendre en changer les effets ne suffit pas. C’est ignorer d’une part l’aspiration de chacun à améliorer sa condition et d’autre part le fait que richesse et pauvreté existant l’une par l’autre, chacun est le riche ou le pauvre de plus pauvre ou de plus riche que lui. Là est ce qui rend les inégalités sociales inéluctables, tout en renvoyant aux termes de l’équation à résoudre pour les réduire autant que possible ; les termes de cette équation étant les suivants :

- Richesse collective de l’humanité, entendue comme la somme des richesses naturelles et résultant de l’ensemble des activités et autres apports de tous les membres de la société. À noter le qualificatif de naturelles, qui souligne le fait que la richesse de la collectivité n’est pas le fruit de la seule activité de ses membres, mais inclut ceux de la prédation, irréversible, qu’ils exercent sur leur milieu et leur environnement, que ce soit ou non pour alimenter leurs activités.
- Population humaine concernée, dans son intégralité, par le partage de cette richesse collective.
- Activités nécessaires à la satisfaction des besoins de l’ensemble de la population ; « Tout être humain [étant] avant toute autre activité ou toute autre opinion un consommateur » (Gaston Bouthoul in Traité de sociologie, tome II, p. 180 - Payot 1968.), la condition sociale de l’être humain est le fruit de la relation existant entre ses besoins – vitaux et superflus, puisqu’à la différence des autres animaux l’homme s’en invente – et les innombrables activités notamment économiques, contribuant à l’accroissement incessant de la richesse collective.
- Caractère incontournablement pyramidal de toute organisation hiérarchisée comme l’est la société humaine,

Plus les être humains sont nombreux, – ce qui est le cas depuis qu’ils existent –, plus l’économie est prospère et plus s’accroît l’enrichissement collectif, les plus riches étant par définition les premiers servis. C’est ainsi que s’est développée jusqu’à la démesure le triptyque “Population-Économie-Richesse” ainsi que le volume de la pyramide sociale en représentant le peuplement, entraînant l’éloignement incessant de son sommet par rapport à sa base, le creusement des inégalités entre riches et pauvres augmentant d’autant. Ceci se démontre méthodologiquement*, n’en déplaise aux tenants de la vision aussi réductrice que romantique qu’a proposé Marx de l’opposition entre riches et prolétaires, vision à laquelle se réfèrent depuis, avec davantage d’obstination que de discernement, autant les partisans du capitalisme que ceux de la lutte des classes.

Avec l’augmentation prévue de la population mondiale (cf. projections de l’ONU), les inégalités sociales ne pourront que se creuser encore, du fait de la globalisation inexorable de la société. La pauvreté étant infiniment plus facile à partager que la richesse, les flux migratoires qui se sont maintenant solidement établis, sont irréversibles et ne feront que gonfler, les nations ne pouvant indéfiniment rester indifférentes au sort de populations pléthoriques fuyant les désordres et violences de toutes natures : politique, religieuse, ethnique, économique, climatique, etc. qui s’amplifient et se multiplient partout dans le monde. Tous les pays seront concernés, les politiques et les digues les plus protectionnistes étant vouées à céder sous la force de la déferlante démographique à attendre spécialement d’Afrique, continent dont la population miséreuse est appelée à doubler avant la fin du présent siècle.

Et s’il est encore possible de limiter les inégalités sociales et d’en compenser les effets, autrement que par des moyens comme la redistribution par l’impôt notamment, sachant qu’il s’agit de palliatifs toujours insuffisants et qui ne changent rien aux causes fondamentales de ce qu’ils combattent, nous devons être conscients du fait que l’origine de tous les maux sociaux dont souffre l’humanité est avant tout d’ordre démographique. L’effectif de l’humanité n’a jamais été régulé au-delà de ce qu’ont pu provoquer les guerres et les épidémies petites et grandes, contrairement à ce qu’il en a été pour d’autres espèces peuplant la planète, placées sous le régime de la sélection naturelle, parfois avec l’aide de l’homme qui aurait été avisé de penser à lui-même. Mais rares sont les leaders politiques qui ont le courage d’aborder cette question, et inexistants les responsables religieux à qui le dogme interdit d’en traiter, les uns et les autres étant au demeurant plus soucieux du nombre de leurs fidèles et électeurs que de leur bonheur.


Sans compter la réponse qu’attendent dorénavant un environnement saccagé et pillé, une biosphère vouée à une déséquilibre compromettant la survie de toutes les espèces, ainsi que des ressources en voie d’épuisement, une population moins nombreuse aurait pour effet la réduction de ses besoins et par conséquent celle de sa production et de son enrichissement. C’est seulement sur ces bases que pourrait être obtenu le rapprochement de la base et du sommet de la pyramide sociale, exprimant une réduction des écarts de richesse, donc des inégalités sociales, et que l’effet de celles-ci pourrait être corrigé, dans les conditions d’une meilleure gouvernance à tous les niveaux de la société.

Certains prônent la frugalité pour tous dans une société dont la démographie est abandonnée à une hypothétique transition par laquelle la population mondiale décroîtrait d’elle-même après être passée par un maximum au cours du siècle prochain. Mais ils sont en retard d’un train, l’humanité ayant consommé à mi-année 2018 plus de la moitié de ce que la nature avait à lui offrir pour l’année entière et cette situation s’aggrave d’année en année. Il y a par ailleurs lieu de tenir compte de l’aspiration de l’homme à améliorer sa condition et celle de ses enfants, espérant en cela dans le progrès et visant les conditions de vie des mieux lotis que lui-même et non celles des plus pauvres. En tout état de cause, à quoi servirait l’effort de frugalité d’une population qui croîtrait sans cesse ?

Les inégalités sociales sont avant tout liées à notre démographie et leur réduction passe par une dénatalité qui s’impose au monde, massivement et d’urgence, pour bien d’autres raisons mettant en cause la survie de l’espèce humaine. Ceci requiert en premier lieu une prise de conscience générale, ce qui est loin d’être le cas, et un effort d’éducation sans précédent partout où règnent les taux de natalité les plus élevés, effort au demeurant déjà largement engagé par diverses associations et institutions. Faute de cela, avec 280 000 terriens qui s’ajoutent quotidiennement à la population terrestre, alors que nous sommes actuellement près de 8 milliards, nous serons 9 milliards dans 25 ans et plus de 11 au début du prochain siècle, avec les déséquilibres sociaux dont chacun peut imaginer les conséquences désastreuses, au détriment premier des plus défavorisés, pour des raisons découlant encore de cette inégalité sociale à laquelle nous condamnent les hasards de notre condition.


*Pour toutes précisions, notamment d’ordre méthodologique,

mercredi 6 juin 2018

Dieu et la pyramide sociale

Quand l’humanité et les autres espèces qui peuplent notre planète atteignent un état de dégradation, de violence et de désordre généralisé, comme jamais n’en ont connu les civilisations ayant laissé des traces de leur passage, le doute n’est plus permis ; Dieu ne peut exister ; ou alors il n’a rien à voir avec ce qu’enseignent les religions et ce qu’en pensent ceux qui seraient ses créatures !

Le Christianisme n’a pas été le premier credo, et n’est pas le seul, dont se soit doté l’homme pour satisfaire sa spiritualité, considérée ici comme cette faculté dont il semble avoir l’exclusivité parmi toutes les espèces peuplant la planète, et par laquelle il tente d’expliquer ce qu’il ne peut comprendre. Ayant conscience de lui-même au sein d’un tout dont il ignore objectivement l’après et entrevoit péniblement l’avant avec l’aide de la science, il vit depuis qu’il existe dans une angoisse existentielle à laquelle il ne peut répondre que par sa sensibilité et son imagination, assujetties à ses émotions et à ses sentiments, eux-mêmes brouillés par sa crédulité voire par ses superstitions, sans omettre ses difficultés à se remettre en cause. C’est ainsi qu’entre un bien et un mal conditionnant sa vie en société, il parvient à effectuer le bref parcours allant de sa naissance à sa mort, face aux mystères d’un au-delà que ceux qui s’en font puérilement les codificateurs – non sans en tirer un considérable pouvoir temporel – lui présentent comme la récompense ou la punition de son comportement ici-bas.

Sans compter les courants de pensée interprétés comme des religions et qui n’en sont que des ersatz, n’ayant pas été jusqu’à se doter de dieux, d’idoles, ni même du moindre totem, la connaissance de la Vérité n’a jamais manqué de prétendants qui ont propagé des doctrines, des plus sommaires aux plus élaborées ; aux rites aussi nombreux que variés ; aux dogmes établis sur des références plus indiscutables les unes que les autres ; qu’elles aient été révélées ou spontanées, de transmission écrite ou orale. Sous la conduite de leurs prophètes et de leurs prêtres, le nombre et le zèle de leurs adeptes ont fondé concurremment le pouvoir de chacune, la plus puissante étant appelée à sauver Dieu par une fusion de toutes leurs croyances en une seule. Serait ainsi enfin honoré, dans un monothéisme achevé, le Créateur de lui-même avant d’avoir été celui de l’univers, dans son infinie bonté.

Et c’est là qu’est l’essentiel de la métaphysique. Si la bonté est absente de la création, comme peuvent l’observer ceux dont la foi ne ruine pas la raison, l’homme a bien dû l’inventer. En d’autres termes, s’il est démontré que la bonté n’existe pas originellement, elle ne peut être qu’une trouvaille de l’homme. Qu’en est-il alors d’un Dieu de miséricorde et de tout ce qui s’en réclame ?

Or la bonté divine au sens large ; recouvrant miséricorde, amour, compassion, mansuétude, pardon, etc. n’existe pas dans la nature. La simple observation de la condition humaine le démontre parfaitement et un dieu lui-même n’y pourrait rien changer. Comme pour toutes les espèces peuplant l’univers connu, le sort de chaque être vivant est soumis, avant toute autre considération, aux hasards de sa naissance, quels que soient ses talents et les circonstances dans lesquelles ils s’exprimeront ensuite. Étant par ailleurs démontrable* que tout déclassement de l’un des occupants de la pyramide sociale dans un sens entraîne – à population égale –, le déclassement d’un autre en sens inverse, en quoi consisterait la bonté divine ? Se réduirait-elle à la promesse du pardon inconditionnel de péchés qui n’ont pu être commis que selon Sa volonté, laquelle dote chacun de sa capacité de céder ou de résister à la tentation ? À quoi la foi répond par ses mystères. Pour le pragmatique, reste à constater que dans Son infinie bonté, le Créateur de toutes choses ait donné vie à des êtres auxquels il accorde une durée de vie de quelques décennies dans un univers où les distances, donc en quelque sorte le temps se compte en années lumières ? En d’autres termes, Il les ferait naître pour mourir aussitôt, en accordant à tous, de l’enfant – voire du fœtus pour certains – au vieillard, du débile au génie, juste le temps de faire un bien et un mal définis par eux-mêmes, en vue d’une récompense ou d’une punition dans l’au-delà. Une telle occupation paraît bien puérile, pour être celle d’un Dieu ! Et où se trouve alors alors cette liberté qu’aurait l’homme de choisir ou simplement d’influencer son propre destin, temporel comme éternel ?

D’ailleurs, cette spiritualité qui naît avec chacun d’entre nous et lui permet de donner plus ou moins libre-cours à ses croyances, ne fait-elle pas appel à un échange neuronal, qui cesse dès que le cerveau n’est plus alimenté en énergie ? L’existence comme la non-existence de Dieu repose donc sur cette fonction cérébrale. Autrement dit, la foi et son contraire, comme le doute, aboutissent à l’impasse qu’est la mort ; même quand, pour tenter d’y faire échapper l’esprit, la mémoire de chacun est érigée en âme, avec autant de romanesque vanité que d’inégalité. Sans compter la question subsidiaire à laquelle engage l’humilité : Pourquoi l’homme se distinguerait-il de tout ce qui peuple l’univers, au point de se voir promettre une existence éternelle, alors que son espèce disparaîtra un jour, avec l’âme qui y serait attachée et son habitat qu’est la Terre, sans que le cosmos n’en manifeste davantage d’émoi que pour la disparition de n’importe quelle étoile, comme il s’en produit à chaque instant.

Faut-il pour autant souhaiter la disparition des religions ? Question dénuée de sens. Pour que l’humanité ait pu profiter au cours des siècles d’un progrès indéniable, il a fallu un minimum d’ordre. Or c’est parce que les religions y ont aidé le pouvoir politique, non sans employer la force en bien des circonstances, que cet ordre a régné. Le pouvoir temporel a très tôt compris l’avantage qu’il pourrait tirer d’une alliance avec le religieux pour soumettre les peuples, et c’est ainsi que l’Église à fait les rois, qui avec son aide ont dominé les peuples. Ces pouvoirs se sont depuis appuyés l’un sur l’autre, et c’est par “l’alliance du sabre et du goupillon”, dénoncée par les anticléricaux, qu’a tant bien que mal perduré jusqu’ici leur exercice, pour le bien commun. Il n’en demeure pas moins que la vigilance s’impose et qu’une lutte sans merci doit être livrée :

- À un obscurantisme, que le christianisme a manifesté de manière assez évidente pour qu’il soit inutile d’entrer dans les détails, mais dont l’exemple le plus préjudiciable est la prolifération humaine au détriment, non seulement de l’espèce elle-même, mais de la planète et de tout ce qui l’habite. La démesure de cette population doit tout en effet aux encouragements de religions, plus soucieuses du nombre de leurs adeptes que de leur bonheur, et par là même du respect de l’environnement. Il n’est pas une confession qui n’ait pour premier souci l’accroissement du nombre de ses adeptes. Le “croissez et multipliez” de l’une et la promesse de “la conquête du monde par le ventre de leurs femmes” des autres en est l’affirmation.

- Aux atteintes à la liberté de pensée – condition première du progrès scientifique et technique –, engendrées par un prosélytisme non sans rapport avec le point précédent. Des sectes naissent, qui ne sont le plus souvent que des émanations plus ou moins autorisées des religions établies, mais la montée du sentiment religieux partout dans monde, face à son insécurité croissante, s’exprimant par la multiplication des croyances et de leurs adeptes, s’accompagne d’une intolérance qui menace chaque jour un peu plus ceux qui prétendent penser par eux-mêmes. L’athéisme et l’agnosticisme ne sont-ils pas d’ores et déjà passibles de prison, voire de la peine de mort, dans certains pays ?

- L’ignorance sous toutes ses formes, parce que cause première de l’abandon des individus à leurs émotions et à leurs sentiments, qu’exploitent tous les pouvoirs.

vendredi 18 mai 2018

Contre la croissance démographique

Article emprunté à : https://www.populationmedia.org/


La star du sport automobile prend la tête de la course contre la croissance démographique

Leilani Munter



LONDRES (Thomson Reuters Foundation) - L'une des meilleures conductrices de voitures de course au monde, Leilani Munter, a pris la tête d'une campagne visant à réduire la surpopulation - et a promis de ne pas avoir d'enfants elle-même.
 
Munter, dont le travail comme doublure photo pour l'actrice Catherine Zeta-Jones a financé sa carrière de course, est devenue cette semaine mécène de l'organisme de bienfaisance Population Matters basé au Royaume-Uni.
 
La sportive américaine, une fois classée parmi les 10 meilleures conductrices de Sports Illustrated, a déclaré que la croissance démographique était l'une des plus grandes menaces au monde et que les femmes ne devraient pas être jugées négativement pour avoir choisi de ne pas avoir d'enfants.
 
Les Nations Unies estiment que la population mondiale augmente de 83 millions d'habitants par an, le nombre de personnes sur la planète devrait atteindre 9,8 milliards en 2050, contre 7,6 milliards actuellement.
 
"Ne pas avoir un enfant a été le meilleur moyen pour moi de réduire mon impact sur la planète", a déclaré Munter, 44 ans, à la Thomson Reuters Foundation dans une interview téléphonique mercredi.
 
"Si vous regardez les chiffres, la terre est finie, et la race humaine ne peut pas continuer à croître à l'infini avec seulement autant de ressources."
 
Les autres clients de l'organisme de bienfaisance comprennent le naturaliste David Attenborough, l'actrice anglaise Susan Hampshire et la primatologue britannique Jane Goodall.
 
Se décrivant comme une «vegan, hippie poussin» sur le site de Population Matters, Munter a déclaré que les femmes étaient sous pression pour avoir des familles, quelque chose qu'elle a combattu depuis qu'elle était à l'université et qu'elle était d'accord avec son mari.
 
Un législateur au Japon a récemment essuyé des critiques sur les médias sociaux après avoir déclaré que les femmes devraient avoir au moins trois enfants, car les femmes sans enfants risquaient de devenir des fardeaux financiers pour l'État.
 
"Nous devons normaliser le choix d'être sans enfant", a déclaré Munter, appelant à plus d'éducation sur le contrôle des naissances.
 
Les chiffres des Nations Unies montrent en moyenne que les femmes ont 2,5 enfants dans le monde, mais l'Afrique reste la région où la fécondité est la plus élevée avec 4,7 enfants par femme.
 
"Là où les femmes et les filles ont l'autonomisation économique, l'éducation et la liberté, elles choisissent d'avoir des familles plus petites", a déclaré Population Matters sur son site internet.
 
"Lorsque la taille des familles est plus petite, cela permet également aux femmes d'acquérir une éducation, de travailler et d'améliorer leurs opportunités économiques."

samedi 5 mai 2018

Un autre Marx


L’humanité a commémoré le 5 mai 2018, dans la discrétion, le 2ᵉ centenaire de celui qui a donné son nom au marxisme, dont ont dérivé tant de doctrines socio-politiques. Mais qu’en penser concernant leur incidence sur la condition humaine ? Voici en tout cas résumé un point de vue qui considère le marxisme comme la pire théorie qu’y ait jamais existée.

Avec ce romantisme rhénan que Wagner magnifiera avec tambours et cuivres, pour le plus grand plaisir du prophète d’un autre ordre, Marx a nourri sa pensée des idées révolutionnaires ayant fleuri partout dans le monde depuis que la société des hommes y règne et plus spécialement à l’époque dite “des lumières” qu’a suivi l’avènement de l’industrie et des grands moyens de communication et de propagation des idées. Et cette pensée s’est développée, en dépit – ou profitant – des désordres qui ont agité le monde depuis. C’est ainsi que le marxisme a prétendu répondre, au fil de sa dramatique histoire, à l’attente des êtres humains les plus démunis, encouragés par les héritiers de ces utopies qui font oublier à l’homme les réalités d'une condition devant tout aux incontournables hasards de la naissance de chacun. .

Portée par l’extrême misère d’un prolétariat cristallisé de fraîche date, grossi de millions de serfs vivant un autre temps aux confins de l’Europe, le marxisme a rapidement enfanté du communisme, qui suscitera à son tour, par réaction, ces autres fléaux qui perdurent en certains endroits de la planète, après notamment le fascisme du Caudillo, celui du Duce, puis le nazisme. Mais le marxisme et ses schismes n’en sont pas pour autant exempts de ce qui est reproché à ces idéologies qu’ils ont si largement contribué à faire naître et qui sur bien des points lui ressemblent.

Si la misère la plus profonde et la révolte qu’elle peut susciter peuvent être considérées comme les raisons de son avènement, il n’en demeure pas moins que le marxisme, de même que ses résultats, sont au plus haut point contestables, pour trois raisons majeures :

1° - Absence d’éthique.
La lutte des classes à outrance, avec pour objectif la prise de pouvoir par le prolétariat – qu’elle préconise comme le seul moyen de parvenir à la justice sociale – est ni plus ni moins qu’une incitation à la haine, aussi incompatible avec l’humanisme qu’ignorante des réalités de la condition humaine. La lutte des classes s’est donc traduite par des guerres civiles aux innombrables victimes, dont une centaine de millions de morts, soit davantage que ceux qu’ont provoquées les deux guerres mondiales du XIXe s. Et ces guerres civiles, fondées sur l’incompréhension, l’intolérance et la haine, perdurent en certains endroits de la planète, promettant de naître ailleurs.

2° - Dépendance, corporatisme et nouvel obscurantisme.
C’est le marxisme qui a incontestablement généré le syndicalisme avec ses dogmes aussitôt consolidés par ceux du religieux et du politique, qui ont vite opéré leur OPA, partiellement réussie comme en attestent les liens étroits existant entre les principaux syndicats d’une part et l’Église ainsi que les partis politiques d’autre part.
Ces mariages peuvent d’ailleurs apparaître comme autant d’alliances face au progrès scientifique et technique et à l’enrichissement qu’il génère, au motif qu’il contribue au développement du capitalisme. Ce qui n’empêche pas ceux qui se considèrent sans vergogne comme des progressistes, de créditer la lutte des classes des moindres avancées sociales, alors qu’elles sont avant tout le fruit de ce progrès scientifique et technique. Quoi qu’il en soit, en échange “d’avantages acquis” – dogme syndical entre tous – d’une manière ou d’une autre, le monde des travailleurs s’est vu coiffé d’un pouvoir supplémentaire, comme si ceux qu’il subissait déjà ne lui suffisaient pas, ce qui est loin de répondre à la promesse d'émancipation promise par Marx. Sans omettre que le syndicalisme, conquête de la lutte des classes livrée au nom du prolétariat, n'entretient qu'un lointain rapport avec celui-ci. 

3° - Ignorance des dimensions démographique et environnementale, inhérentes à tout processus économique et social.
L’homme est avant toute autre considération un consommateur qui par différence avec les autres êtres vivants, s’invente des besoins ; ce que Marx semble avoir ignoré, de même qu’il ne semble pas avoir conçu que si la pauvreté a pour limite le zéro de la richesse, cette dernière n’en a pas d’autres que l’appétit de ceux qui la convoitent et les ressources de la planète dont elle est tirée. Que n’a-t-il été guidé par l’évidence voulant que le meilleur moyen de priver les profiteurs de la main d’œuvre qui les enrichis, serait qu’elle cesse de proliférer et avec elle ses besoins, dont la satisfaction contribue toujours plus à l’enrichissement de la société, à commencer par celui des plus ambitieux de ses membres ? Comment ceux qui ont le plus à se plaindre de leur sort peuvent-ils au contraire être encouragés et s’obstiner à condamner leur descendance à une existence qui ne peut être que pire que la leur, en raison de leur nombre croissant sans cesse ? Mais le peuple est pour le marxisme comme pour tous les pouvoirs, un instrument dont la force s’affirme d’abord par le nombre. Pas une église, pas un parti, pas un syndicat, qui ne cherche à augmenter sa puissance par le nombre de ses fidèles, de ses membres ou de ses adhérents.

Faute de pouvoir échapper à des inégalités résultant d’un sort aveugle auquel nul être vivant ne peut échapper à sa naissance, quels que soient les aléas de son existence par la suite, ne devons-nous pas limiter notre ambition à en compenser les effets, sans pour autant vouloir la mort de l’autre ?

Plutôt que cela le marxisme, imitant tous les pouvoirs, n’a su jusqu'à son déclin qu’accroître ses troupes, fournissant ainsi à ceux qui les exploitent, un effectif sans cesse grandissant. De ce point de vue, l’analyse à laquelle se livre Marx de la population humaine n’a de réaliste et d’utile que de souligner son caractère universel, en ce sens que chacun d’entre nous est plus ou moins dépendant de tous les autres. Par contre, sa classification et son invention de l’AIR (armée industrielle de réserve), qu’il organise et représente arbitrairement, non sans ce romantisme déjà évoqué et un sens de l’organisation bien germanique, sont d’un parti-pris n’ayant d’égal que son ignorance, voire son puéril refus de la condition humaine, telle que l’illustre si parfaitement la pyramide sociale.

lundi 16 avril 2018

Des insuffisances de l’entretien Macron-Bourdin-Plenel


Une fois de plus un chef d’État zappe l'incidence de la situation planétaire sur celle de son pays et ce ne sont pas ses interlocuteurs, prisonniers de la pensée dominante et trop préoccupés de leur ego médiatique, qui l’auraient entraîné dans l’évocation d’une problématique de cette envergure. De nombreux auditeurs, dont les responsabilités l’exigent ou simplement capables de s’extraire de leur quotidien au moins le temps d’un entretien de ce genre, en serait pourtant curieux. À croire que la représentation que peut constituer une émission à caractère politique et le jeu de ses acteurs valent plus que le sort de l’humanité et celui de dizaines de millions de citoyens tel qu’il en découle.

Pourtant c'est là, bien au-delà de l’hexagone, que se situe la cause première, en même temps que la solution de problèmes aux dimensions dorénavant imposées par la mondialisation à tous les mécanismes économiques, financiers et sociaux. Et que cette mondialisation soit accusée à tort ou à raison d'avoir été un choix politique des uns ou des autres et d'être à l'origine des maux dont souffre l'économie française comme, à des degrés divers et sous diverses formes, celle de tous les pays du monde, n’y change rien. La mondialisation est là, résultat d'un progrès inéluctable – auquel chaque être humain a œuvré en tant que consommateur – s'étant notamment manifesté en matière d'information et de communication et par lequel les frontières entre les États sont tombées et continuent de le faire les unes après les autres ;les flux migratoires politiques, ethniques, religieux, climatiques, etc. en attestent quotidiennement, avec toutes conséquences sur la vie de toutes les nations.

C'est par cela que sont bousculés les schémas traditionnels auxquels continuent imperturbablement de se référer les économistes et ceux qui les écoutent ; comme si bientôt 10 milliards de terriens et la déferlante quotidienne de 280 000 êtres humains supplémentaires (soit près de 100 millions par an) était une peccadille sans incidence sur les conditions d’existence des pays, non seulement les plus pauvres – dans lesquels elle se manifeste en premier lieu –, mais sur celle des pays riches, où se déverse une part grandissante de ce surplus de population qu'ils ne sont pas préparés à accueillir, étant de plus incapables de fournir à ceux qui le composent le travail qu'ils viennent y chercher.

Il en est alors comme de l'arbre qui cache la forêt. La dette, le chômage, des croyances obscures et archaïques ; des égoïsmes identitaires et corporatistes ; le sectarisme des uns et des autres, les savants raisonnements et les indices au service de leurs seuls inventeurs, masquent l'essentiel, qu'est la démesure d'une population chaque jour plus difficile à nourrir autant qu'à gouverner, ce que chacun peut comprendre.

Quand donc un chef d’État en exercice se décidera-t-il à tenir à ses concitoyens ce langage d’adultes, plutôt que de leur promettre d’appliquer à leurs maux des remèdes qui ne peuvent être, dans un tel contexte planétaire, que cautère sur jambe de bois ?

C’est d’autant plus nécessaire que c’est aussi cette démesure mondiale qui est à l’origine des inégalités sociales que tant de bonnes intentions ont combattues au cours des siècles et qui n’ont pour autant pas cessé d’augmenter.

Avec ou sans Macron, Bourdin et Plenel, plus le temps passe plus la population augmente (1 à 7 milliards en 1 siècle et 11 milliards à l'horizon 2100) et avec elle ses besoins vitaux comme superflus et la nécessité de les satisfaire, d'où une croissance économique ininterrompue générant toujours plus de profits pour tous, à commencer par les plus riches, par simple effet d’échelle et de proportion, les pauvres se multipliant structurellement 6 fois comme ces riches. Ainsi va un progrès qui a pour effets d’accroître richesse et pauvreté, dans leur relativité, et de développer la pyramide sociale dans ses trois dimensions, dont sa hauteur, ce qui éloigne toujours plus son sommet de sa base et creuse les écarts qui en résultent, entre les catégories sociales et les individus dont elles sont faites.
Pendant ce temps-là les hommes en restent à leur quotidien surévalué ou à leurs fantasmes égalitaires, et débattent en affichant une compassion dévoyée à l’égard des plus démunis, dont la clientèle ne cesse de croître face à la prospérité de ceux qui prétendent hypocritement ou sottement les défendre.