Traductions

lundi 9 octobre 2017

Du ruissellement des richesses de la société

Quoi qu’en pensent ceux qui refusent la métaphore du ruissellement, elle est d’autant plus opportunément utilisée pour illustrer les avatars de la distribution des richesses de la société, qu’elle est associée à la représentation pyramidale de celle-ci. C'est en effet une manière de prendre en considération divers paramètres précisément mis en évidence par cette représentation, parmi lesquels ceux qui suivent :
- La base de la pyramide sociale – là où se situe le niveau zéro de la richesse – est inamovible, alors que son sommet n’a pas d’autres limites que celles des ressources de la nature et l'appétit du premier de ses prédateurs.
- Le volume de la pyramide sociale étant conventionnellement représentatif de l'importance de la population qui l’habite, ses variations expriment la diminution ou l’augmentation de cette dernière.
- Dans une société répartie en 3 catégories sociales (pauvres, classes moyennes, riches) la population de chacune de ces 3 catégories se partage un tiers de cette richesse. (Cf. Pyramidologie sociale – Méthodologie).
- À développement économique et enrichissement collectif constants, la hauteur de la pyramide sociale, qui exprime l'écart de richesse entre les plus pauvres et le(s) plus riche(s), croît proportionnellement à son développement en volume (augmentation de la population globale).
C'est dans ces conditions qu'a lieu le processus de ruissellement décrit ci-après.

D'abord remontée vers les niveaux supérieurs de la pyramide sociale, comme par convection, la richesse de la société y est réinvestie, ou épargnée en attendant de l’être. Par cet investissement ; par la rétribution de cet investissement et de cette épargne telle que requise pour assurer leur renouvellement constant ; sous forme de rémunération des populations contribuant par leurs activités solvables et non solvables à l’enrichissement commun ; par l'assistance apportée aux populations inactives, etc., la richesse ruisselle alors vers la base de la pyramide sociale, à la manière d'un flux entraîné, comme par gravité, par la consommation de tous pour remonter ensuite vers son sommet, en vertu de l'effet de convection déjà évoqué. Ceci dans un mouvement perpétuel semblable – pour demeurer dans la métaphore – à celui de la pluie qui, tombée de sa source qu’est l’accumulation nuageuse, ruisselle, s’infiltre, irrigue une masse fertile pour s’évaporer à nouveau selon un cycle où rien ne se perd ni se crée. Sauf qu’en ce qui concerne les richesses de l’humanité, leur partie non consommée s’accumule à chaque cycle, à l'exception de ce qui en est périssable ou peut être frappé d'obsolescence et qui est alors passé par pertes et profits.

Au cours de sa descente, le flux de richesse se disperse dans un réseau capillaire parcourant la pyramide sociale en tous sens et s'y diffuse, hormis la part qui en est distraite par "pertes de charges", "évaporation", "transpiration”, ... naturellement récupérée par le flux ascendant. Mais le flux descendant subit un double effet de dispersion croissante ; d’une part du fait que les habitants de la pyramide sociale sont de plus en plus éloignés de sa source, et d’autre part en raison de l’augmentation de leur nombre, proportionnelle à cet éloignement. C’est ainsi que le flux qui se réduit progressivement, finit par se tarir avant d'atteindre la base de la pyramide sociale, lieu du dénuement total. Alors qu'inertie et capillarité devraient en assurer l'irrigation totale, la captation du flux par consommation, détournement, gaspillage, rétention, au cours de sa descente – et pas seulement aux niveaux les plus hauts.– conduit à son assèchement avant qu'il atteigne les niveaux les plus bas. Et plus la pyramide est peuplée, quel que soient l'accroissement de la richesse collective qui puisse résulter de la production de cette population, et la redistribution par solidarité, plus son sommet s'éloigne d’une base que le flux a de plus en plus de mal à atteindre.

Le recours à la métaphore met donc en évidence ce que la plupart des théories économiques ignorent ou masquent : 1° le fait que les inégalités sociales (ici considérées en termes de richesse matérielle) vont croissant avec le temps. 2° que les causes de cette augmentation résultent conjointement de l’accroissement de la population humaine et des richesses qu’elle crée par ses activités.

Il est dès lors clair qu’une meilleure répartition de ces richesses passe moins par une archaïque lutte des classes et ses errements que par une maîtrise de la démographie humaine et de sa production de richesses ; ce qui exclue nullement une lutte contre toutes formes de déperdition au cours de leur ruissellement.




jeudi 28 septembre 2017

La Vérité sur les inégalités sociales. ou Ce que nous cache la pensée dominante

La Vérité sur les inégalités sociales.

ou

Ce que nous cache la pensée dominante.


Depuis que l’homme existe, et avec lui la pyramide sociale, partout dans le monde et sous tous les régimes, les inégalités du même nom n’ont jamais cessé d’augmenter, du seul fait que l’imaginaire et l’industrie d’un effectif de travailleurs (et de consommateurs) toujours plus nombreux, profitant des progrès des sciences et des techniques, enrichissent toujours plus la société.

Si les inégalités sociales se creusent, c’est avant toute autre considération dû au fait que la “demande”, et partant la richesse qu’elle génère, ne cessent de croître. Ceci d’autant mieux que son niveau zéro est inamovible, contrairement à son maximum, qui n’a pas d’autres limites que les ressources non renouvelables de la planète et l’appétit de ceux qui les exploitent collectivement ; quelles que soient les conditions du partage des profits qui en résultent, au-delà de la satisfaction des besoins des uns et des autres, au demeurant fort variables dès lors qu’ils ne sont pas vitaux.

Plus la pyramide sociale croît, et elle croît incessamment depuis qu’elle existe, du seul fait de la démographie humaine, plus grandit l’écart entre son sommet et sa base et se creusent les inégalités de richesse entre ses habitants. Nulle pauvreté humaine ne peut être inférieure à celle que marque la base de la pyramide sociale, là où règne le dénuement de la pauvreté profonde. Par contre, rien n’entrave la croissance de la richesse de l'humanité, représentée autant par la quantité que par la variété de produits et services dont elle est faite, ou en d’autres termes, des biens matériels et immatériels que le génie humain soit capable d’inventer.

En constater les variations pour susciter les revendications des plus démunis n’y change rien. Ceci est parfaitement vain, dès lors que l’enseignement majeur n’en est pas tiré ou pire encore, admis. Or cet enseignement n’est-il pas que la surpopulation humaine est la première cause de tous les maux de notre société, à commencer par les écarts de condition sociale qui y règnent ?

La représentation ci-après donne une idée de ce mécanisme, la pyramide sociale structurée en pauvres, classes moyennes et riches, dans la relativité incontournable de leur position par rapport à l’échelle de leur richesse commune et selon des pourcentages qu’un calcul des plus simples permet de déterminer.

L’application de ces pourcentages aux populations mondiales des époques concernées – début de notre ère et an 2 000 –, permet de visualiser non seulement ce qu’a été globalement l’évolution dans le temps de l’écart de richesse entre les plus pauvres et les plus riches, mais conduit au constat (cf. schémas ci-après) que notre civilisation, par la démesure de sa croissance démographique et de son appétit, a créé en 2 000 ans un nombre de pauvres égal à 20 fois ce qu’était sa population totale, toutes conditions confondues, au début de notre ère, sans compter les dommages infligés à la planète.



Voici ce que semblent ignorer, ou nous cachent de brillants économistes, préférant s’en remettre à une lutte des classes ayant partout fait la preuve de son impuissance ; le progrès social qu’ils lui attribuent étant en réalité le fruit de progrès scientifiques et techniques qu’elle a toujours freinés plutôt que favorisés.

Et le tableau ci-après fournit quelques indications quant à ce que pourraient devenir les inégalités sociales dans moins d'un siècle.


dimanche 24 septembre 2017

À propos d'inégalités sociales

Bravo à l’Observatoire des inégalités pour le lifting de son site, bien que hélas, dans le respect de la pensée unique et de la lutte des classes, rien n’ait changé concernant l’impossibilité d’opposer un quelconque argument à des affirmations que de savants indices et calculs, illustrés par de non moins savants graphiques, dogmatisent. Toujours pas le moindre espace d’expression, comme il est possible d’en trouver là où règne cette autre forme d’égalité qu’est la liberté d’opinion (sans ignorer que la modération puisse toujours exercer son pouvoir). Le visiteur à qui il arrive aussi de s’interroger sur ces questions, aimerait pourtant pouvoir parfois contribuer à une réflexion se voulant au service d’une meilleure égalité sociale.

Ainsi des articles n’en finissant pas de fustiger des écarts de richesses, en clouant sommairement au pilori les plus riches, comme s’il s’agissait d’une espèce nouvellement née, dont l’élimination devait mettre fin aux inégalités de richesse.

Depuis que l’homme existe – et avec lui la pyramide sociale –, partout dans le monde et sous tous les régimes, les inégalités du même nom n’ont jamais cessé d’augmenter, du seul fait que l’imagination et l’industrie d’un effectif de travailleurs (et de consommateurs) toujours plus nombreux, profitant des progrès des sciences et des techniques, enrichissent toujours plus la société.

Si les inégalités sociales se creusent, c’est avant toute autre considération dû au fait que le niveau zéro de la pauvreté est inamovible contrairement à celui de la richesse, qui n’a pas d’autres limites que les ressources non renouvelables de la planète et l’appétit de ceux qui les exploitent collectivement, quelles que soient les conditions du partage des profits qui en résultent, au-delà de la satisfaction – au demeurant très variable – des besoins fondamentaux des uns et des autres.

Plus la pyramide sociale croît – et elle croît incessamment depuis qu’elle existe, du seul fait de la démographie humaine – plus grandit l’écart entre son sommet et sa base et se creusent les inégalités de richesse entre ses habitants. En constater les variations et les mesurer en déciles n’y change rien. Cela revient à un exercice intellectuel inutile, dès lors que l’enseignement majeur n’en est pas tiré ou pire encore, admis.


Et cet enseignement n’est-il pas que la surpopulation humaine est la première cause de tous les maux de notre société, à commencer par les écarts de condition sociale qui y règnent ?

lundi 11 septembre 2017

Croissance ou décroissance ?

Croissance ou décroissance ?




La figure ci-dessus exprime, à population constante, la relation démographie volume de la pyramide sociale)/économie (niveau de richesse collective)/écarts de richesse entre catégories sociales, et le fait que quel que soit le niveau de richesse globale de la société, la pyramidale sociale s’y adapte dans ses trois dimensions, chaque catégorie sociale dont elle est faite épousant cette adaptation. Quand la richesse globale de la société croît ou décroît, celle de chaque catégorie sociale suit le même mouvement en conservant ses proportions. Ceci indique clairement que la décroissance a pour effet d’appauvrir l’ensemble de la société, au détriment premier des plus démunis eu égard à leur proportion.

De quoi donner à réfléchir à ceux qui voient la croissance comme un phénomène dont le ralentissement peut s’obtenir par un freinage autoritaire de la production consommée par les seuls nantis. Négligeant le fatal enchaînement démographie-économie, ils nient les motivations profondes de l’homme et ses fonctions motrices, tant à l’égard de la consommation que de la production, d’autant plus déterminantes que la population est nombreuse. La démographie impose sa loi prépondérante en toutes circonstances, richesse et pauvreté conservant leur relativité ; de sorte que si réduire la demande et le gaspillage n’est probablement pas impossible, il y a lieu de se demander à quoi bon s’y efforcer dès lors que le nombre de consommateurs-producteurs ne cesse d’augmenter.

La croissance au contraire, œuvre au progrès et à l’amélioration du sort de tous, même s’il est vrai qu’elle conforte la situation des plus riches – fait rédhibitoire aux yeux de certains – qu’une redistribution par la fiscalité se montre impuissante à maîtriser. Tout au plus cette redistribution parvient-elle à proportionner tant bien que mal à la richesse de chacun, des impôts (directs et indirects) faisant de tous les citoyens des contribuables, dont rares sont ceux qui considèrent le système comme équitable. Et ceci au prix exorbitant d’une administration alimentant les caisses de la collectivité, donc contribuant à augmenter la richesse commune, avec pour conséquence le creusement des inégalités sociales.

À cette dimension sociale de leur raisonnement, les partisans de la décroissance ajoutent celle concernant l’environnement et plus précisément les limites des ressources de la planète. Mais ce que le bon sens de quiconque invite à considérer, ne fait qu’accentuer les inégalités entre catégories sociales, l’accès des pauvres à ces ressources étant pénalisé par leur nombre. D’ailleurs, cet argument se fondant à juste titre sur les atteintes portées par la croissance au bien le plus précieux de l’humanité, toutes catégories sociales confondues, ainsi que de tout ce qui peuple la planète, est largement partagé par les “croissantistes”. Mais la croissance ne peut-elle pas précisément respecter la planète et tous ses habitants ? Le développement humain doit-il inéluctablement se produire dans la prolifération, l’anarchie et le gaspillage ? Plutôt que de sommairement recourir à une régression contraire à ses aspirations, l’homme serait-il incapable de mettre son génie au service d’un progrès maîtrisé, en commençant par agir sur lui-même ? D’autant que s’il est un domaine que l’homme a le pouvoir de contrôler, c’est bien celui de sa propre multiplication.

L’équilibre nécessaire repose sur une maîtrise de la population humaine. C’est pourtant sans remettre en cause une croissance démographique structurellement porteuse de tous les maux de l’humanité que la décroissance voudrait s’imposer, inspirée par un égalitarisme ignorant le surnombre. Mais l’économie, ne saurait se soumettre durablement aux réglementations auxquelles elle est ainsi soumise et qui s’avèrent, non seulement impuissantes mais en entravent le développement inéluctable. Confrontée au tonneau des Danaïdes, la société ne peut obtenir des résultats que passagers dont l’insuffisance est systématiquement imputée au seul égoïsme des hommes, alors que – sans le méconnaître – ceux-ci font d’abord preuve d’ignorance, allant jusqu’à nier l’influence fondamentale de leur pullulement.

La meilleure preuve de ce déni de réalité, que masque la compassion accordée par toutes les bonnes âmes aux déshérités et par extension aux pays pauvres et en voie de développement, est dans la stigmatisation outrancière des pays développés, accusés d’être coupables à eux seuls de la pollution planétaire. Certes, cette pollution est proportionnelle au niveau d’industrialisation de chaque pays et surtout, au régime auquel est soumise leur industrie, mais celle-ci tourne indifféremment pour satisfaire leurs propres besoins et ceux des pays pauvres, qui sans cela seraient encore plus démunis qu’ils le sont. Ceci a bien entendu pour conséquence d’aggraver l’empreinte écologique des pays riches, au prorata de l’augmentation de la population des pays pauvres, en même temps que de l’aspiration légitime des peuples de ces derniers à connaître de meilleures conditions d’existence. Sans compter que parmi les pays pauvres ou en voie de développement, certains sont non seulement consommateurs et utilisateurs de ces biens fabriqués ailleurs, mais les obtiennent en échange de produits bruts énergétiques hautement polluants – notamment hydrocarbures – nécessaires pour les produire.

La manière dont – par exemple – Notre empreinte écologique1 traite des questions de population et a fortiori de surpopulation est significative du parti-pris idéologique avec lequel bon nombre d’experts relèguent la démographie à l’arrière-plan de l’économique et du social. Bréviaire de la décroissance, la simple notion de pyramide sociale y est bien entendu superbement ignorée, d’où un livre de plus – pourtant aussi argumenté que savant – écrit sur le futur de l’humanité, sans référence sérieuse à ce qu’est fondamentalement la condition humaine. Reconnue comme facteur parmi d’autres de l’empreinte écologique, la population y est évoquée avec une telle discrétion qu’il est évident que là encore sévit le tabou touchant ce sujet. Au nom de la compassion portée aux plus défavorisés, préséance est accordée au social, au point qu’aussi louable et fondée qu’elle soit, cette compassion pousse les auteurs à exclure de leur réflexion ce qui est la cause première de l’empreinte écologique humaine globale, avec pour résultat de porter au niveau des nations une archaïque lutte des classes attisée autant que mondialisée, au détriment de ce que cette empreinte doit à la conjugaison désastreuse d’une croissance anarchique, tant économique que démographique, toutes nations et classes sociales confondues.

La seule façon de réduire significativement et durablement le nombre des pauvres, tout en permettant à l’humanité de poursuivre son chemin vers un progrès incluant un meilleur équilibre social et le respect dû à la planète, est d’être globalement moins nombreux. “On n’arrête pas le progrès” n’est pas une vaine formule, contrairement à ce qu’en pensent les inconditionnels d’une sagesse simpliste méconnaissant les aspirations suprêmes de l’homme. Il y a fort à parier que soumis plus qu’à tout autre à cet instinct qui le pousse inexorablement à affronter depuis qu’il existe les défis que lui lance la nature, il choisira – éventuellement avec l’aide plus ou moins brutale de celle-ci – de poursuivre son chemin vers une fin inéluctable, qu’il tentera de retarder dans toute la mesure de cette intelligence et d’aspirations qui le différencient des autres espèces. Mais en état de croissance comme de décroissance économique, la pyramide sociale ne peut que peser de tout son poids sur une planète qui le supporte chaque jour plus difficilement ; jusqu’à ce que la nature se débarrasse de l’excédent de ses prédateurs les plus menaçants, au prorata de leur représentativité sociale. À défaut d’une dénatalité choisie par l’homme, elle le fera par des moyens dont elle est seule maîtresse, après avoir fait preuve de beaucoup de patience.

C’est dans ces conditions que l’avenir de la planète ainsi que le partage des richesses de la société entre ses membres, se réduit à deux options :
1° – Un monde d’indigence, composé de riches devenant de moins en moins riches et de pauvres devenant de plus en plus pauvres, les uns et les autres continuant de proliférer jusqu’au collapsus2 ; ou
2° – Un monde à la population maîtrisée et par conséquent aux pauvres moins nombreux, dont les richesses ne cesseront de croître au bénéfice de tous, indépendamment des conditions de leur partage, jusqu’à un éventuel exil vers d’autres planètes ou l’extinction sur Terre.

En attendant, si les recommandations des auteurs de “Notre empreinte écologique” aux terriens les engageant à modérer leur prédation, s’adressent en bonne logique d’abord à ceux qui consomment le plus, les mettre seuls en accusation, et de façon aussi grossière, renvoie à l’idée fausse que la situation se réduirait à une différence de comportement entre riches et pauvres, qu’il s’agisse d’individus ou de nations. Or l’empreinte écologique est le fait de tous. Elle s’est constituée au cours du temps partout et à tous les niveaux, avec l’aide d’un progrès qui s’étend à l’ensemble de la société. Si l’empreinte des pauvres est plus faible que celle des riches, c’est précisément parce qu’ils sont pauvres ; mais ne sont-ils pas légitimement désireux de l’être moins, avec pour perspective d’augmenter d’autant leur propre empreinte ? Dans les régions les plus reculées de la planète, l’homme sait ou finit d’apprendre ce qu’est la voiture, l’électricité, la télévision, le téléphone, etc. Même s’il reste beaucoup à faire, il est généralement mieux nourri, habillé, abrité, soigné, qu’il ne l’a jamais été, et accède chaque jour un peu plus à ce qui améliore sa condition, au moins matérielle. Pour cette raison, c’est l’empreinte écologique moyenne qui augmente, celle des pauvres tendant vers celle des riches, même si l’enrichissement général de la société distend les écarts entre les uns et les autres.

280 000 êtres humains supplémentaires chaque jour – soit annuellement 100 millions, ou la population de la Belgique, de la France et des Pays-bas réunis – ont pour effet d’accroître plus fortement le nombre des plus défavorisés que celui des riches ? C’est dans ces conditions qu’à l’horizon 2100 ce ne seront plus les ressources de 1,7 planète qui seront nécessaires à l’humanité pour survivre, mais celles de 3 et davantage. Dans une telle situation, s’il doit être exigé un meilleur comportement des plus favorisés, nul ne peut pour autant être exonéré de sa part de responsabilité, aussi faible soit-elle, au motif que d’autres en portent une part plus grande ; et c’est une grave erreur que de donner à penser qu’il puisse en être autrement. Il faut laisser les idéalistes gloser sur une iniquité proportionnelle à la richesse de la société et au nombre de ceux qui se la partagent. Pour d’autres, sachant qu’elle est d’abord due à notre structure sociale en ce qu’elle a d’incontournable, il est plus que temps d’aborder avec pragmatisme l’avenir tel qu’il se présente. S’il est éminemment regrettable que des abus aient été commis, il importe que cessent ceux qui se commettent encore. L’heure n’est pas à la repentance, aussi fondée puisse-t-elle être, et encore moins à une expiation quasi mystique par la décroissance, mais à l’action. Renoncer au progrès serait se montrer incapable de le maîtriser et punir nos abus en niant ses bienfaits ; ce serait se tourner vers le passé quand il est requis, dans la plus grande urgence, que les efforts de tous soient tournés vers l’avenir pour en tirer sans abus le meilleur.

Il n’est pas question de contester ici l’utilité de l’empreinte écologique en tant qu’instrument de diagnostic et de sensibilisation aux excès de prédation de l’humanité, ni de nier que les plus riches en soient les premiers responsables ; encore moins de douter du droit que ce concept a acquis de s’ajouter à ceux qui inspirent déjà les chercheurs et experts, mais d’attirer l’attention sur le fait que pendant qu’ils en fouillent les détails et les retournent en tous sens, la population ne cesse de croître à un rythme jamais atteint, dans la quasi-indifférence générale. Raison suffisante pour paraphraser William Rees clôturant la préface de ce livre, pour proclamer : « Regarder en face [sans tabou], tous ensemble, la réalité du dépassement démographique – et non pas simplement écologique, comme il l’écrit[avec ses conséquences écologiques], nous forcera à découvrir et mettre en pratique ces qualités uniques qui distinguent le genre humain des autres espèces sensibles pour nous réaliser pleinement comme êtres humains. En ce sens, le changement démographique – et non seulement écologique, comme il persiste à l’écrire en refusant ostensiblement la priorité du fait démographique sur tout autre – mondial est la dernière grande occasion de prouver que la vie intelligente existe réellement sur la Terre. »

Claude Courty




Extrait de “Précis de Pyramidologie sociale”


1— de Mathis. Wackernagel et William. Rees, éditions Écosociété, Montréal

2–  “Comment tout peut s’effondrer” de Pablo Servigne & Raphaël Stevens. Petit manuel de collapsologie évoquant trop succinctement la surpopulation comme facteur de cet effondrement.

jeudi 7 septembre 2017

Humanisme et pouvoirs

Humanisme et pouvoirs

Ce que nous nommons spiritualité – aliment au demeurant aussi nécessaire à l’homme que l’eau et le pain – n’est que le produit de nos angoisses, de notre superstition et de nos rêves, tel que s’en est emparé le monothéisme pour en faire le premier instrument de l’établissement, du développement et de la puissance du pouvoir religieux tel que nous le connaissons de nos jours.

Après qu’il eut conduit l’homme à cesser de dédier des pyramides au soleil ou à d’autres divinités, ou encore à tirer des flèches en direction des nuages pour faire taire le fracas du tonnerre, le polythéisme a été supplanté par le monothéisme, dont la référence à des Écritures dont la succession (hébraïques, chrétiennes puis islamiques) et l’apparente pluralité – en voie d’érosion – suffit à attester le caractère artificiel. Fabriquées par l’imaginaire d’homo sapiens, relayé par ses facultés d’expression et de communication, ces croyances s’inspirant plus ou moins les unes les autres se sont depuis exprimées et continuent de le faire, en se mêlant à bien d’autres plus anciennes.

S’édifiant parallèlement sur un matérialisme qui fait de l’être humain, avant toute autre considération un consommateur, et complétant ainsi les croyances religieuses de ses utopies idéologiques, le pouvoir politique a été le premier complice du pouvoir religieux, l’un et l’autre étant en voie de soumission à un pouvoir scientifique s’affirmant chaque jour davantage.

Et l’homme est le grand oublié de cette évolution, comme en atteste la disparition de l’humanisme.


Voir “Pyramidologie sociale” - Papier & Ebook :