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lundi 24 mars 2014

À propos du livre "Moins nombreux plus heureux"

Éditions Sang de la Terre - 1er trimestre 2014

Plutôt que de prétendre, dans sa présentation, qu'il vient combler un manque, alors que contradictoirement certains de ses précurseurs y sont cités, n'eut-il pas été plus juste et modeste de dédier ce recueil à ceux qui de tous temps, et particulièrement depuis la fin du dernier siècle, n'ont pas cessé de dénoncer une situation qui ne fait qu'empirer. En dépit de l'insouciance générale à l'égard de notre sort dans laquelle nous vivons et de l'impassibilité avec laquelle les pouvoirs persistent à diriger nos consciences et nos actes, nous ne devons en effet pas davantage oublier les messages de nos sonneurs de tocsin nationaux comme Gaston Bouthoul, Jean Dorst, Alfred Fabre-Luce, Albert Jacquard, Alfred Sauvy, etc. que les avertissements de Kofi Annan, Secrétaire général des Nations Unies (1997 - 2006) : « Si nous continuons dans cette voie, si nous ne faisons rien pour enrayer l'accroissement de la population, nous allons en payer le prix, nous allons nous retrouver dans un monde surpeuplé. La démographie a un impact sur le développement économique, sur l'environnement et sur les ressources de la Terre qui sont limitées.» ; ou du Rapport 2009 du Fonds des Nations Unies pour la Population ; « L’effort à long terme nécessaire pour maintenir un bien-être collectif qui soit en équilibre avec l’atmosphère et le climat exigera en fin de compte des modes viables de consommation et de production, qui ne peuvent être atteints et maintenus que si la population mondiale ne dépasse pas un chiffre écologiquement viable.»

Comme l'écrivait Jean Fourastié ("Ce que je crois" - Grasset 1981), autre prémoniteur : « la condition humaine est bien la dernière des préoccupations de l'homme. » Mais n'est-ce pas l'expression de la sagesse populaire, considérant que comme toute chose peuplant l'univers, notre Terre aura une fin et peut-être avant elle, au moins quelques unes des espèces qui la peuplent ? La mort de notre civilisation s'inscrit normalement dans ce destin, avec d'autant plus de certitude et de rapidité que nous aurons abusé de l'hospitalité de notre planète ; et pour peu qu'ils ouvrent les yeux, les plus bornés d'entre nous entrevoient le terme de son pillage. Pourquoi dès lors se préoccuper d'un avenir aussi inéluctable ? Peut-être est-ce la raison pour laquelle certains des auteurs de ce livre ne jugent pas utile d'aller au-delà de leur vision personnelle et restreinte de ce qui est en train de se produire.

Jean Fourastié pensait aussi (même source que ci-dessus) que ce qui manque le plus à l'homme est la synthèse. Or ce livre le confirme, dans la diversité des points de vue qu'il offre, agrémentés pour quelques uns d'exercices de style et d'évocation des clivages droite-gauche, homme-femme, riches-pauvres ; d'accusation des multinationales, (comme si elles n'étaient pas des structures nées de notre prolifération), etc. ainsi que de quelques actes de repentance, tribu payé à la pensée unique. Si l'écologie n'est pas plus de droite que de gauche, nous pouvons hésiter dans l'attribution de l'abus démographique à l'homme ou à la femme (la procréation se pratiquant à deux, n'en déplaise à certains) ; nous pouvons en accuser le collectivisme plutôt que le libéralisme et inversement, etc. mais une chose est certaine : au sein d'une pyramide sociale qui n'a cessé de s'atrophier au cours des dernières décennies, par simple effet de proportion, les pauvres seront les plus concernés par une réduction de la population, quelle qu'en soit l'ampleur. Ce sera en tout état de cause une grande victoire dans la lutte contre la pauvreté mais le bât blesse, car la régulation qui s'imposera d'elle-même si nous ne sommes pas capables d'y procéder à temps avec un minimum de sagesse, fera fi de toutes considérations d'ordre social et même humanitaire, ce qui nous promet le pire.

Pour plus de précision quant au caractère décalé des préoccupations de certains auteurs, peut-être est-il bon de rappeler quelques lignes de "La bombe "P", de Paul Ehrlich (p.75-76 - J'AI LU - Flammarion - 1976) : «Vous remarquerez que, dans mon exposé sur l'environnement humain, je me suis abstenu d'évoquer les thèmes habituels de la protection de la nature. Je n'ai pas versé de larmes sur la disparition des colombes voyageuses, ni sur celle, très proche, des condors californiens. Pas de larmes pour eux, donc, ni pour le grand pingouin ou le mammouth ou les grands troupeaux de bisons ou l'ours grizzli de Californie ou le perroquet de Caroline. Je n'ai pas parlé d'eux, ni du charme, de la beauté, de la magnificence même, de bien des paysages. Au lieu de cela, je me suis limité à des faits concernant directement l'homme. La raison en est simple : malgré tous leurs efforts, toute leur propagande, tous les beaux articles et toutes les belles photos, ceux qui se préoccupent seulement de protection de la nature sont battus d'avance. Et cela pour deux raisons. La première, évidente : l'explosion démographique entraîne irrémédiablement le "développement à tout prix". La seconde, c'est que nos [semblables] s'en moquent. Ils n'ont jamais entendu parler du condor de Californie ou du milan des Cévennes et ne s'attristent pas de leur disparition. Ils se disputeront plutôt le privilège de tirer sur les derniers. La vérité est que nous sommes de deux espèces. Un petit nombre se dévoue à la cause de la préservation de la beauté et de la nature. La majorité (permis de chasse en poche) concourt à sa perte, ou se montre en tous cas indifférente à son égard. Les premiers n'auront pas besoin d'être convaincus, et ce n'est pas en parlant aux autres de beauté, ou en faisant appel à un sentiment de compassion pour nos amis les animaux ... qu'on ébranlera des attitudes traditionnelles. ...
La chaîne des causes et des effets destructeurs remonte à une cause première ... : trop de monde sur terre. »

En d'autre termes, ou en résumé, il est plus que temps que chacun sorte du cadre ambigu et limité de ses préoccupations personnelles, pour œuvrer à cet objectif synthétique, urgent, prioritaire et déterminant, qu'est la dénatalité. Le reste suivra.

Comme l'écrit encore Paul Ehrlich : « ... avec, disons, une population mondiale de cinq cents millions d'hommes (rappelons que la terre ne comptait encore que 3 milliards d'humains lorsqu'il s'exprimait), moyennant quelques changements radicaux dans le rythme d'utilisation et la répartition des ressources mondiales, on résoudrait sans doute la crise écologique. »

"Moins nombreux, plus heureux" est donc un cri d'alarme de plus, auquel la préface d'un "Chevalier vert" n'ajoute pas grand chose, sinon que l'instinct du politicien le conduisant à toujours voler au secours de la victoire, il pourrait s'en déduire un supplément d'espoir – bien que l'intéressé ne se soit jamais distingué par la vigueur de ses prises de position concernant la dénatalité. De ce seul point de vue, le sous-titre de l'ouvrage n'eut-il pas justifié une inversion des priorités qu'il énonce pour devenir "L'urgence démographique de repenser l'écologie"

Quelles que soient leurs postures, leur résistance ou leurs protestations, ce sont les pouvoirs religieux, politiques et scientifiques qui ont entraîné la société au point d'irresponsabilité et d'inconscience où elle en est en matière de prolifération et ce ne peut être que d'eux que viendrait un sursis à son sort, au demeurant inéluctable. Aucune manifestation allant en ce sens ne doit donc être négligée, pour autant que les responsables – à tous les niveaux – de ces pouvoirs soient capables de pondérer leurs certitudes et acceptent de les soumettre aux réalités incontournables du nombre.



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