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jeudi 1 janvier 2015

Bonne année 2015

Bonne année

L'an neuf saura nous plaire comme l'autre nous plut
Et nous, pour l'accueillir, le fêtons tant et plus.
Lui manquent les absents, tous ceux qui ne sont plus.
Chaque an mange sa part ; l'an passé un peu plus
Que ses frères aînés qui moururent repus.

Toujours en ses débuts il nous fait bonne mine.
Et toujours nous croyons sa chanson pateline.
Fini les mauvais jours, la misère, la famine !
Un monde assagi où le bonheur domine,
Des temps toujours plus beaux et que rien ne termine.

L'amour partout présent garnira les berceaux
Des enfants pleins de vie croîtront, toujours plus beaux.
Nos projets conduiront à des bonheurs nouveaux,
Le soleil nous fera oublier tous nos maux.

Puis nous déchanterons. En égrenant les mois
Nous vieillirons d'un an, comme les autres fois.
Le lui reprocherons, dans votre désarroi.
Chaque chose en son temps ... Conservons notre foi !

Il sait qu'à l'an prochain nous ferons même fête,
Il n'en n'est pas jaloux ; chaque année se répète.

Brillant de tous ses feux, sa jeunesse éternelle
Le proclame avec nous :

L'an passé est bien mort. Vive l'année nouvelle !

Notre condition sociale est avant tout héréditaire

Pauvreté et richesse
Notre condition sociale est avant tout héréditaire


Ce billet répond à la découverte que font subitement d'éminents chercheurs, du fait que les familles les plus riches comme les plus pauvres sont toujours les mêmes depuis des siècles.
Cf. à titre d'exemple :




Ce qui paraît distinguer l'homme des autres espèces animales est qu'il a conscience de sa condition, et cela est de plus en plus vrai chaque jour et pour tous, à commencer par ceux qui vivent dans une précarité plus ou moins grave. Et si la compassion, la charité, la solidarité, spontanées comme imposées, peuvent en modifier les effets dans une mesure toujours insuffisante, elles sont tout aussi incapables que la lutte des classes la plus acharnée de changer un état de fait aussi vieux que le Monde.


À l’aube de notre ère, la Terre était peuplée d’environ 250 millions d’êtres humains. Elle en comptera bientôt 9,5, dont plus de 6 vivront dans un état de pauvreté, profonde ou relative selon les critères généralement admis. Et chaque jour plus de 250 000 êtres humains s'ajoutent à la population terrestre. Or, en raison de la structure de la société, par l'effet d'une fatalité qui les fait naître ce qu'ils sont et des taux de natalités les plus élevés, les pauvres, qui représentent la grande majorité de ces nouveaux arrivants, vont s'ajouter à ceux qui occupent déjà la base de la pyramide sociale. La composition de celle-ci est donc de nature avant tout héréditaire, aggravée par la démographie. Non seulement les pauvres ne peuvent enfanter que des pauvres (comme les riches enfantent des riches), mais leur nombre s'accroît proportionnellement à la place qu'ils occupent dans la société, et les taux de natalité dont ils font preuve aggravent encore les effets de cette proportionnalité.


Dans la recherche d'une société aussi équilibrée que possible – dans laquelle chacun est incontournablement le pauvre ou le riche de plus riche ou de plus pauvre que soi –, le devoir prioritaire de tous n'est-il pas désormais d'aider l'humanité à limiter sa fécondité ? Sachant :
1° que par simple effet de proportion les pauvres seraient les plus nombreux à en bénéficier.
2° que si nous n'en sommes pas capables la nature nous y contraindra d'autant plus durement qu'elle sera conduite à le faire tardivement.

jeudi 18 décembre 2014

Quelques idées pour un conte de Noël

Les robots vainqueurs de la pauvreté


Nous entrons résolument dans l'ère de la robotisation. Après avoir conquis des pans entiers de l'industrie et des sciences, où ils accomplissent des exploits interdits à ceux qui les ont précisément conçus pour cela, partout les robots investissent notre quotidien. D'abord affectés à des tâches hautement spécialisées, ils peuvent en accomplir bien d'autres, plus banales, dans d'innombrables domaines de la vie courante. Où cela s'arrêtera-t-il ? Ils se substituent même aux animaux domestiques, dans l'accomplissement des tâches les plus ingrates que leur réservait encore l'homme ; les condamnant au chômage et à l'abattoir. À propos de chômage : les adeptes de robotique restent assez discrets sur celui des multitudes que les robots remplacent d'ores et déjà, et qui n'en croissent pas moins pour autant. Mais l'objet de ce conte n'est pas d'inciter à un remake de la révolte des canuts*. Laissons cela aux Chinois, peuple parmi les premiers concernés par les questions de surpopulation et pourtant client majeur de la robotisation. Il est toutefois permis de se demander si les robots parviendront à une autonomie suffisante ; s'ils seront un jour assez intelligents et puissants pour devenir des opérateurs susceptibles d'aider les hommes à s'affranchir des problèmes d'emploi qu'ils risquent au contraire d'aggraver ?

Conçu par l'homme, le robot serait promis à être un jour en mesure de se reproduire et de se perfectionner de lui-même, ce qui en ferait un acteur à part entière de l'activité et du progrès, en attendant de devenir un véritable partenaire social – À quand les syndicats de robots revendiquant l'insertion de leurs adhérents dans la pyramide sociale (à moins d'en faire l'effectif qui manque à nos syndicats actuels) ? Ils devraient alors, du moins dans un premier temps, se contenter d'en rejoindre la base, puisqu'en principe indifférents à la richesse, et se satisfaire du niveau zéro de cette dernière. Reste à savoir s'il en résulterait un surclassement des êtres humains qui s'y trouvent. Le robot saura-t-il accomplir ce en quoi l'homme échoue depuis toujours : vaincre la pauvreté ? Quoi qu'il en soit, il est permis de douter que son avènement puisse annoncer davantage de justice sociale.

Ce sera encore pour longtemps l'affaire des êtres humains que d'essayer de régler des problèmes qui relèvent de leur condition dans ce qu'elle a de plus fatal. Il y a fort à parier qu'aussi bien programmés puis auto-programmés qu'ils puissent être, les robots, par défaut de sentiments davantage que de conscience, donc de compassion, ne trouveront rien à y changer. Le problème pourrait pourtant évoluer du fait que les catégories sociales qui peuplent la pyramide du même nom seront toutes poussées vers le haut par le peuple des robots qui viendra les y rejoindre. Mais comment et dans quelle mesure ? S'ils semblent pouvoir améliorer le confort matériel de la société par leur habileté et leur productivité sans failles, le moment est encore loin où ils seront capables de soigner les défauts caractériels de ceux qu'ils remplaceront dans toutes leurs tâches. Il est par contre probable que leur existence et leurs performances seront les excitants supplémentaires d'une vanité et d'un "toujours plus" qui font nos malheurs.


* Une remarque s'impose cependant :
Depuis l'introduction des métiers à tisser, ancêtres des modernes robots, surgis à l'aube de la première révolution industrielle pour remplacer ou compléter une main d'œuvre devenant insuffisante face à une demande en croissance exponentielle, l'objection qui faisait taire les opposants à l'automatisation naissante des tâches, a été que de nouvelles activités naîtraient de cette automatisation. Et l'argument s'est avéré recevable. Il faudrait de nouveaux concepteurs, ingénieurs, entreprises et sous-traitants avec de toujours plus nombreux employés et ouvriers de tous niveaux et qualifications pour produire ces équipements d'un nouveau genre. Mais avec les robots de demain, capables d'en inventer et d'en produire d'autres plus perfectionnés qu'eux-mêmes, il adviendra que ce seront toutes les activités qui s'automatiseront et pourront se passer de cette intervention des hommes désignée par le nom désormais banni de travail. Ce qui pose en des termes bien différents la question de l'emploi, ou plus exactement du non emploi de ces mêmes hommes.
Il faut en effet être conscients qu'après que la conception, la production, la mise en œuvre et l'entretien des robots sophistiqués du futur aient nécessité des investissements considérables, ces mêmes robots seront capables de se concevoir (donc de se perfectionner), se produire et s'entretenir eux-mêmes.
Une autre question de pose : de quelle manière les résultats qu'un tel processus permettra de générer profiteront-ils à une population humaine enfin stabilisée ? Se satisfera-t-elle, après s'y être elle-même condamnée, de les regarder proliférer et produire encore plus qu'elle ne l'aurait jamais fait ? Qu'adviendra-t-il de l'humanité lorsque ses membres actifs auront délégué leurs tâches et même la programmation de ces tâches à leurs remplaçants ?
Dans le meilleurs des cas (et le meilleur des mondes), il lui restera, dans une richesse matérielle généralisée et une justice sociale complète et définitive, les loisirs, les arts, le sport, ... non lucratifs et gratuits pour tous.

Cette nouvelle humanité saura-t-elle s'en satisfaire ? Et quid de l'altérité et surtout de la planète ?


Mais peu importe, là encore les robots au service de la curiosité des hommes les auront conduits ailleurs.

mardi 25 novembre 2014

Pauvreté, inégalités et privilèges

Pauvreté, inégalités et privilèges


Inégalités et pauvreté font plus que jamais recette. À l'abri de la pensée unique, les articles et les ouvrages fleurissent sur ces thèmes et il n'est pas un media qui ne veuille clamer sa compassion à grand renfort de titres racoleurs et parfois au prix des pires amalgames et raccourcis. Amplement imité, OXFAM n'hésite pas à dénoncer la richesse individuelle des 85 individus les plus nantis de la planète, comparée à celle (individuelle ou collective) des 3 milliards et demis des plus pauvres, omettant que les avoirs de ceux-là sont constitués pour l’essentiel d'investissements qui font vivre ou survivre ceux-ci, et que ce sont précisément ces richesses qui financent les outils de l’économie mondiale, laquelle emploie et rémunère ceux qui participent à l’accroissement de la richesse globale de la société ; et que réduire ce mécanisme à une comparaison de revenus n’a aucun sens, sinon celui d’une stupide provocation préjudiciable à tous, à commencer par les plus démunis. Thomas Piketty nous fait partager ses interrogations, aux chiffres controversées, quant au meilleur niveau du partage capital-travail et Bill Gates en débat avec lui sur Internet. Dans le même temps l'INED, dans son bulletin "Population & Sociétés" traite des politiques familiales en France et en Europe et de leur évolution récente face à la crise, en ne précisant pas de quelle crise il s'agit ; économique ou démographique ? Les deux, auraient pu préciser les auteurs qui, faute de cela, laissent planer un doute d'autant plus étrange de la part de démographes qu'il n'est question à aucun endroit dans leur texte de démographie, alors qu'il y est question de pauvreté, comme si les politiques familiales avaient pour seul objet de secourir les familles pauvres.


Il est louable que la société s'intéresse aux pauvres, mais la pauvreté requière-t-elle pour autant d'être érigée en véritable marché, avec ses indices, ses statistiques et ses "performances" – aussi manipulés que manipulables –, ses acteurs – des bénévoles aux plus ou moins lucratifs –, son spectacle permanent dont se passerait volontiers la plupart de ceux qui n'y tiennent pas toujours le premier rôle qui leur revient ? Plutôt que de ne pas manquer une occasion de s'y exhiber, nos responsables de tous ordres, et en particulier politiques et universitaires, ne feraient-ils pas mieux de s'inquiéter de la mesure dans laquelle leur propre aveuglement participe à l'augmentation de la pauvreté, comme par exemple en ne faisant pas la distinction entre inégalités et privilèges ?


Si les inégalités relèvent avant tout d'une altérité héréditaire, nul ne devrait ignorer que les privilèges n’ont rien de fatal ou d’inné, mais sont des avantages sélectifs instaurés puis défendus bec et ongles par ceux qui en bénéficient aux frais du "cochon de payant" qu'elles appauvrissent toujours plus. Les "avantages acquis", selon le vocable paradoxalement cher aux partisans de la lutte contre les inégalités, en sont la forme communément admise, avec la plupart des innombrables prestations, exonérations et autres "niches fiscales" dont profitent sans vergogne des citoyens ignorant qu'il y a d'une part les inégalités que le sort nous impose à notre naissance et qui se fondent sur des différences, soit génétiques (inégalités naturelles) soit socio-héréditaires (des pauvres ne pouvant enfanter que des pauvres et les riches que des riches), et d'autre part les privilèges instaurés par les hommes, dans un égoïsme encouragé par la démagogie.


La distinction ainsi énoncée, force est de constater que ceux dont la pauvreté est la raison d'être, lorsqu'ils ne vont pas jusqu'à l'instrumenter, abandonnent les inégalités génétiques aux bons soins de la pure philanthropie et de la science, pour se livrer à un amalgame entre inégalités socio-héréditaires et privilèges, tout en réclamant toujours plus de ces derniers, comme s'ils pouvaient être la compensation, sommaire et toujours insuffisante, de la prérogative accordée par le sort à ceux qui naissent riches ou qui ont envie et suffisamment de talent pour le devenir. Il y a bien sûr les gros avantages et les innombrables petits, les détenteurs des uns faisant leur excuse des bénéfices des autres, mais tous traduisent une véritable culture du privilège, sapant en permanence l'idéal d'égalité sur lequel se fonde, à tort ou à raison, la démocratie et plus particulièrement la République française. Nous devons être conscients qu'une pléthore de privilèges, autrement plus nombreux qu'ils ne l'ont jamais été sous l'ancien régime, ne fait qu'aggraver nos inégalités, quel que soit notre choix entre plus de riches et moins de pauvres, ou moins de riches mais davantage de pauvres.


Faut-il rappeler que la pauvreté existe par la richesse et réciproquement. Instrumentalisées par les uns et les autres, corrigées dans une mesure toujours insatisfaisante par une compassion dévoyée, les inégalités résultent de la structure incontournablement pyramidale de notre société, outre le sort qui fait naître chacun dans une condition plutôt que dans une autre. Chacun est, dès sa naissance, le riche ou le pauvre de plus pauvre ou de plus riche que soi ; c'est une fatalité indéniable. Mais ce qui n’est pas une fatalité est le dénuement dans une société d'abondance, ni surtout le nombre croissant autant et plus de ceux qui en souffrent que de ceux qui en profitent.


Avec ou sans privilèges et à population constante, un tassement de la pyramide sociale, en réduisant l’écart entre son sommet et sa base entraîne un élargissement de cette dernière, (augmentation du nombre de pauvres), alors que l’accroissement de cet écart, tel qu’il résulte d’une étirement de la pyramide vers le haut (progrès et enrichissement général), a l’effet inverse. De même, quand la pyramide sociale se développe en volume du fait de l’augmentation de sa population, le supplément d’activité de celle-ci accroît la richesse globale de la société, avec pour conséquence d’éloigner son sommet de sa base, donc d’accroître l’écart entre richesse et pauvreté. Ces deux observations révèlent qu’à une augmentation de l’écart entre richesse et pauvreté correspond un relèvement du niveau moyen de pauvreté et inversement, sans modifier les inégalités autrement que dans leur graduation. En d’autres termes et globalement, l’augmentation de richesse collective réduit la pauvreté et sa diminution l’augmente. La Palice n’aurait pas dit mieux mais il aurait pu ajouter qu'une véritable abolition de tous les privilèges serait la première mesure à prendre avant d'espérer maîtriser cet écart.

Sans compter que ce serait probablement le meilleur moyen de retarder l'instauration d'un monde peuplé d'êtres humains tous identiquement pauvres en tout. « … encore un peu de temps et tout s’éclaircira, nous verrons enfin apparaître le miracle d’une société animale, une parfaite et définitive fourmilière … » Paul Valéry.

vendredi 10 octobre 2014

Croissance ou décroissance ? - L'écologie dénataliste, seule voie d'un développement viable

Croissance ou décroissance ?
L'écologie dénataliste, seule voie d'un
développement viable




La situation de crise s'éternisant, le débat aux plus hauts niveaux se précise et s'amplifie entre partisans d'une poursuite de la croissance et ceux de la décroissance. Pourtant, l'une ne vaut guère mieux que l'autre pour résoudre des problèmes de société aux dimensions désormais planétaires, devenant chaque jour plus aigus et en annonçant de pires encore ; la solution est ailleurs ; là où nos habitudes, nos préjugés et nos peurs nous empêchent de la voir.
La croissance comme la décroissance, appliquées à la société dans son état actuel, sont vouées à l'échec, en cela qu'elles sont l'une comme l'autre suicidaires. La croissance parce qu'elle a conduit en moins de deux siècles l'humanité à des débordements qui finiront de la tuer par asphyxie, la décroissance parce que le progrès étant ce qui caractérise l'espèce humaine, l'abandonner par incapacité à en jouir raisonnablement, est ni plus ni moins que de la résignation et un aveu d'impuissance ; un renoncement au détriment des générations futures, sans compter la résistance des bénéficiaires que nous sommes tous, dont bien peu accepteront que soit mis fin à leur bien-être, ni même qu'il soit réduit. La décroissance ne se satisfera pas davantage de l'exemple donné par ses plus chauds partisans qu'elle ne pourra se contenter d'une approbation – que ce soit par le vote ou la participation à des manifestations seraient-ils de masse.  Elle ne peut être que l'adoption, par tous, de mœurs différant en tous points de celles pratiquées aujourd'hui par le plus grand nombre. Il ne s'agirait plus pour quelques militants de donner l'exemple de comportements emblématiques, mais pour tous de changer radicalement ses manières de se nourrir, de se vêtir, de se loger, de se déplacer, de s'organiser, ... en bref, de mettre en cause sa manière de vivre. La décroissance ne saurait se résumer au changement de comportement de quelques convaincus, d'autant que l'homme est viscéralement attaché à ses habitudes, au point que comme l'a dit trivialement quelqu'un, la seule chose dont il accepte de changer est sa couche, lorsque bébé il l'a souillée. Dès lors, n'est-il pas illusoire de croire que la majorité et a fortiori la totalité des individus en seraient capables, et avant cela, qu'elles y seraient réellement disposées ?

Probablement, de telles idées sont-elles difficiles, voire impossibles, à faire partager à tous les hommes, eu égard à leur nombre, à leur diversité culturelle et à la distance existant entre le quotidien de la plupart d'entre eux et une réalité mondiale qui leur échappe ; mais que proposent les pouvoirs pour y pallier ? Quel responsable va se décider à dénoncer l'impuissance de ces deux voies que sont croissance et décroissance en l'état, pour en préconiser une troisième, seule viable. C'est en effet seulement avec une population moindre, maîtrisant et dosant ses efforts de productivité, orientant sa créativité vers la recherche du mieux plutôt que du toujours plus que la société produirait moins, ou pourrait moins produire, moins consommer et moins gaspiller. C'est la seule chance de tous ceux qui la composent, quelle que soit la place qu'ils y occupent et le rôle qu'ils y jouent, de continuer à bénéficier de l'essentiel des avantages que le progrès leur a procuré au cours des siècles, et dont l'abus mène la planète et l'espèce humaine à l'épuisement.

Par ailleurs, le nombre de pauvres se réduisant proportionnellement à leur place dans une pyramide sociale moins peuplée, l'équilibre social dont le premier ennemi est le surnombre pourrait être utilement recherché. Le poids de la pauvreté étant moindre, la société ne pourrait qu'y gagner en efficacité dans son rôle, humanitaire par nécessité au détriment de l'humanisme, pour tenter de compenser une injustice sociale héréditaire et structurelle. Dans ce même but, elle pourrait réorienter sa pression sur ceux dont les moyens doivent être d'œuvrer à un progrès profitable à tous, plutôt que de se limiter à les ponctionner sans discernement.

Il appartient aux pouvoirs, notamment religieux, politiques et scientifiques, dont les représentants sont si rares à avoir perçu l'absurdité d'une croissance industrielle et économique vouée à l'échec en raison de l'augmentation démesurée de la population à laquelle elles était censée profiter, de réparer les dégâts s'il en est encore temps. Il leur suffit pour cela de concevoir, multiplier et amplifier les initiatives auxquelles ont déjà pensé certains, visant à aligner les taux de natalité des plus pauvres – 6 à 8 en certains pays – sur ceux des nantis – 2, environ, suffisant au renouvellement des générations ?

À ceux qui ferait un argument opposable à une réduction de la population mondiale du fait que la vie au début du XIXème s. ou antérieurement, avait tout à envier à celle que nous menons de nos jours, il doit être rappelé que la non satisfaction des hommes quant à leur sort s'est plutôt accrue depuis et surtout que le progrès, en dépit de ses effets pervers, a certainement été plus déterminant que la démographie dans l'amélioration du niveau de vie de la société en général.

Une stabilisation, et a fortiori une réduction du nombre d'habitants de notre planète peut par ailleurs susciter une objection d'ordre éthique, au motif qu'elle contrarierait l'augmentation continuelle de la population, couramment considérée comme une fatalité. Mais dénatalité ne signifie pas atteinte au vivant. L'alignement des taux de natalité des catégories sociales défavorisées sur ceux pratiqués par celles qui ne le sont pas, n'est en rien comparable à des pratiques abortives ou pires. Et pour ceux qu'un sort aveugle condamne à peupler la base de la pyramide sociale, qui pourraient regretter qu'ils puissent échapper en plus grand nombre à un tel sort, dans une société de plus en plus encombrée et offrant de ce fait, à ceux qui le voudraient, de moins en moins de chances de modifier par eux-mêmes leur condition ? Une dénatalité voulue n'est-elle pas préférable à cette sélection naturelle qui élimine l'excédent de semences de toutes espèces pourtant promises à la vie, comme il en est de ces innombrables semences, du spermatozoïde à la plus banale graine ? Devons-nous attendre de la faim, de la maladie ou la guerre, l'élimination d'un excédent d'effectif humain, à commencer par les plus vulnérables.

Le progrès, dont la croissance est indissociable, pourrait se poursuivre au bénéfice d'une société moins nombreuse et allégée d'une part considérable de sa pauvreté. Un socle démographique ramené à ce qu'il était à l'époque des premières révolutions industrielles, scientifiques, technologiques et économiques, permettrait d'en poursuivre le cours en tirant les enseignements d'une prolifération qui en ruine les effets bénéfiques. À défaut, une tout aussi problématique stabilisation de la population à son niveau actuel constituerait un objectif moins ambitieux et décisif, qui laisserait la société face à ses difficultés et au vœu pieu que ses dirigeants finissent par se montrer capables de les maîtriser, sachant : 1°/ Que la réduction des taux moyen de natalité, incontournable en tout état de cause, générera un vieillissement de la population qui, pour être passager n'en sera pas moins source de problèmes supplémentaires. 2°/ Que autant la croissance que la décroissance seront interdites à plus ou moins brève échéance.

Quoi qu'il en soit, il appartient à l'élite et aux sociologues, démographes et autre experts des disciplines et sciences concernées de guider la société dans son choix, dont seul celui d'une croissance au bénéfice d'une population moindre pourra lui permettre de poursuivre son chemin, dégagé de l'abus majeur dont nul n'a su anticiper les effets catastrophiques.

« Le paradis c'était hier ... chacun se souvient d'un monde où nous étions moins nombreux, plus heureux, plus libres » (Alan Wiesman - Compte à rebours – Flammarion janv. 2014). Nous pouvons retrouver, sinon le paradis, du moins plus de bonheur et de liberté, si nous avons le courage d'identifier et d'affronter sans tergiverser la raison majeure de leur anéantissement, qu'est la surpopulation.


Rappel

Chaque jour, 220 à 250 000 êtres humains déferlent sur notre planète pour s'ajouter à sa population, qui atteindra 9 milliards vers 2050 et dépassera 11 milliards au début du prochain siècle. Par l'effet de la structure de la société et du sort qui les fait naître ce qu'ils sont, les pauvres qui représentent la grande majorité de ces nouveaux arrivants vont s'ajouter à ceux qui surpeuplent déjà la base d'une pyramide sociale atrophiée, dont le sommet s'élève inexorablement en accentuant les écarts qui y règnent. Et la répartition – bon gré mal gré – de ces surcroîts de population miséreuse, partout où cela peut contribuer à les résorber, nourrit et accentue la pauvreté et les inégalités, causes autant que conséquences de tous nos maux. Mais il s'agit d'un sujet tabou que se limitent à exorciser les pouvoirs par un développement prétendument durable, lorsqu'ils n'attendent pas une rémission d'une hypothétique transition démographique qui ne pourrait dorénavant qu'intervenir trop tard.


Quels que soient les indicateurs et autres indices inventés partout dans le monde, au gré des idéologies dominantes, si l'appauvrissement des ressources de la planète et la dégradation de notre environnement s'accélèrent, si le chômage devient incontrôlable, si les pauvretés individuelles se multiplient, si les inégalités se creusent, si les désordres et les violences se multiplient et s'amplifient, la raison en est avant tout l'augmentation considérable de la population mondiale et celle de la richesse globale qu'une partie de cette même population suffit à générer par son activité, avec l'aide de techniques dont nous devenons tous les esclaves, le partage de cette richesse étant une toute autre affaire.